Classique
Cristian Macelaru et Maxim Vengerov ensemble à la Philharmonie de Paris

Cristian Macelaru et Maxim Vengerov ensemble à la Philharmonie de Paris

21 novembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

L’Orchestre national de France se produit le 19 novembre 2022 à la Philharmonie de Paris sous la direction de Cristian Macelaru. Il interprète les Danses de Galanta de Zoltan Kodaly, le Concerto pour violon n° 5 de W.A. Mozart, (avec Maxim Vengerov comme soliste) et le Concerto pour orchestre de Béla Bartok.

Cette soirée est un voyage dans la musique hongroise du XXe siècle. Les Danses de Galanta ont été composées en 1933 par Zoltan Kodaly (1882-1967), pour le 80e anniversaire de la Société philharmonique de Budapest. Galanta est la petite ville, alors hongroise (maintenant slovaque), où le compositeur a passé son enfance.
En 1943, Béla Bartok (1881-1945) était malade et exilé lorsqu’il reçut une « commande ». Son Concerto pour orchestre sera créé le 1er décembre à Boston et connaîtra le succès. Entre ces deux œuvres s’intercale un joyau du classicisme : le Concerto pour violon n°5 de W.A. Mozart. Le dernier concerto pour violon de Mozart, même si le compositeur n’avait alors que 19 ans ! Il est interprété par le violoniste israélien Maxim Vengerov (né à Novossibirsk le 20 août 1974). Il joue sur le Stradivarius « Le Kreutzer » datant de 1727 ! Il apparaît sur scène en costume bleu clair, totalement imprégné par la musique mais aussi chaleureux, souriant, paraissant tellement heureux de jouer pour nous. Sa complicité amicale avec Cristian Macelaru est touchante.

Des danses envoûtantes

Les Danses de Galanta sont inspirées par les Verbunkos, ces danses folkloriques hongroises et tziganes, qui étaient jouées au XIXe siècle dans les tavernes ou pour le recrutement des soldats. Elles débutent par les violoncelles seuls, bientôt rejoints par le bruissement des cordes puis par le chant du cor. Suivant la structure binaire des Verbunkos, les parties lentes et rapides alternent rapidement, assurant des ruptures spectaculaires. Les moments lents sont volontiers lyriques, langoureux, comme lors du magnifique solo de hautbois. Les accélérations sont impressionnantes de virtuosité, l’influence tzigane marquée. Cette musique est séduisante, elle est colorée, joyeuse, espiègle, très bien mise en valeur par l’interprétation de Cristian Macelaru.

L’élégance de la musique de Mozart

La pureté du cristal. Telle apparaît l’entrée du violon dans « l’allegro aperto », après une longue introduction de l’orchestre. Le son du Stradivarius de Maxim Vengerov pénètre l’âme, alliant profondeur, gravité, douceur. Un dialogue harmonieux, fluide s’instaure entre le violon et l’orchestre. Le tempo n’est pas trop rapide, laissant s’exprimer la sérénité, la tendresse de cette musique. La superbe mélodie de l’andante est paisible sans être triste. L’auditeur peut fermer les yeux et se laisser envoûter par cette musique céleste. Un travail d’orfèvre pour l’orchestre. Le rondeau final est brillant, joyeux, très célèbre aussi. Le chant du violon devient léger, insouciant. Puis pointe une interrogation, une ombre de gravité avant que la musique devienne plus rapide, presque dansante. Les basses frappent les cordes avec le dos de l’archet, renforçant le caractère rythmique de cet intermède. Voilà pourquoi on a qualifié l’œuvre de « concerto turc ». La cadence est suivie par la reprise du si beau thème de ce 3e mouvement.
Maxim Vengerov nous offre alors un bis, très romantique, la Havanaise de Camille Saint-Saëns.

Béla Bartok : la vie malgré tout

Les contrebasses débutent seules le premier mouvement « Introduzione » du concerto pour orchestre. Un chant majestueux, solennel, mais empreint d’une grande tristesse. Ce mouvement est très contrasté, avec des ruptures brutales, des rythmes saccadés, des accents impitoyables. L’allegretto scherzando est appelé « le jeu des couples ». Le thème est exposé par des duos successifs : 2 bassons, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 flûtes, 2 trompettes, etc. Après un moment majestueux, presque religieux, la musique se fait joyeuse mais moqueuse, un peu bancale, exprimant les incertitudes de la vie. Le troisième mouvement « Elegia » est un chant funèbre, inauguré à nouveau par les contrebasses. Le murmure des cordes, les harpes, les flûtes créent une atmosphère nocturne, onirique. Puis survient une rupture brutale : l’orchestre se déchaîne, la musique devient chaotique, traduisant désordre et souffrance. Le mouvement se termine par la reprise du chant funèbre et par un solo de Piccolo. L’intermezzo débute de manière éclatante. La musique est joyeuse, entraînante, évoquant des danses populaires. Un élan vital vigoureux anime le final « Pesante ». La musique est rapide, l’auditeur est pris dans un tourbillon frénétique. La puissance de l’orchestre est impressionnante comme l’énergie et l’enthousiasme de Cristian Macelaru. Dans cet emportement final il existe aussi un élément dissonant, rappelant les souffrances du compositeur.

L’énergie des Danses de Galanta, la pureté du concerto de Mozart, la richesse d’orchestration du concerto pour orchestre de Bartok : ce programme riche et varié pourra séduire les auditeurs.

Visuel : © Jean-Marie Chamouard

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Jean-Marie Chamouard

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