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Alessandro Di Profio nous parle de la 3e édition de Concerts d’Automne [Interview]

Alessandro Di Profio nous parle de la 3e édition de Concerts d’Automne [Interview]

19 septembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Du 12 au 28 octobre, chaque week-end, c’est tout feu tout flamme que la 4e édition du Festival Concerts d’Automne fait vibrer les tourangeaux. De grandes formations comme Il Pomo d’Oro, la Cappella Mediterranea, Le Kammerorchester Basel ou Le Poème Harmonique investissent Tours, de même que de magnifiques voix. Enseignant et directeur artistique de cet événement; le musicologue Alessandro Di Profio nous parle de la programmation.

C’est la 3e édition du Festival, il est désormais bien installé à Tours?

Nous étions très surpris de voir comment en très peu de temps, c’est devenu un événement très attendu à Tours et dans la région et même au-delà : Nous avons un public qui vient de toute la France. Notre billetterie étant essentiellement en ligne, nos avons pu établir que les réservations couvraient déjà 14 régions en France et 9 pays à l’étranger. Peut-être est-ce aussi le fruit de notre  travail avec les agences touristiques, qui permet de proposer des packages qui comprennent des visites des châteaux de la Loire et de Tours ou du Centre d’Art Contemporain. Les locaux, de Tours, de Blois ou des environs viennent pour les concerts qui les intéressent et ils repartent après, faisant parfois jusqu’à deux heures de route. En général, les parisiens, les nantais, les bordelais restent tout le week-end. Nous avons pensé l’agenda pour cela, avec un premier concert le vendredi à 20h, pour permettre d’arriver après le travail. Et dimanche, le dernier concert est à 18h pour permettre aux gens de reprendre le TGV ou le car. L’an dernier, nous avons eu 8000 personnes avec 93 % de taux de remplissage en moyenne. Je suis extrêmement content. J’étais sur que cela allait marcher mais je suis tout de même étonné de la rapidité du succès de ce festival qui s’est inscrit dans le paysage musical et national.

Repose-t-il sur les formations musicales de la ville?

Tours est une ville de tradition musicale, avec un conservatoire, une université, des salles de concerts et un opéra. Plusieurs musiciens et ensembles y sont installés car il est facile d’y vivre et de rayonner depuis Tours pour les tournées. Mais en même temps, nous ne voulions pas nous renfermer sur nous-mêmes et voulions une véritable dynamique Internationale. Depuis la première édition, le Festival bénéficie de ce dialogue et cet équilibre entre les invités et les ensembles tourangeaux résidents du festival (cette année : Diabolus in Musica, l’ensemble Jacques Moderne crée il y a plus  de 45 ans par un tourangeau, et consonances qui a cinq ans de vie). Nous travaillons aussi beaucoup avec les universités et avec les conservatoires. Il y a notamment le Tremplin pour mettre en avant les jeunes musiciens :  Chaque samedi, dans le cadre des Apartés, qui est un peu le off du Festival, le cycle Tremplin propose deux concerts entièrement assurés par les jeunes du Festival de Tours. Et entre le programme « in » du Festival, les apartés et les tremplins, il y a des clins d’œil et des correspondances.

Natalie Dessay est marraine, quel est son rôle et quel est son lien avec Tours? 

Elle a écrit un texte au début très beau, disant qu’elle était la bonne fée du Festival et c’est vrai. Auourd’hui lancer un festival  c’est un défi. Il faut le faire pour les musiciens et pour le public et ce n’est pas rien. Quand on a commencé à en parler en 2014, la situation économique était peut-être encore plus difficile qu’aujourd’hui. On a pensé à Nathalie Dessay parce que c’est quelqu’un d’ouvert qui a joué avec les codes. Le mélange des cultures me tient à cœur et l’image de sympathie d’ouverture, de ne pas se prendre trop au sérieux est un point commun entre Natalie Dessay et notre Festival. Elle est superbe et c’est un beau cadeau qu’elle nous fait.

Comment allez vous décliner « la flamme » sur trois week-ends ?

C’est le feu, qui est décliné de façon différente selon les week-ends. Le premier week-end, c’est la flamme comme passion: l’amour, mais aussi les passions annexes comme la jalousie. L’ouverture est une reconstitution d’un Carnaval vénitien par la soprano Ann Hallenberg et Il Pommo d’Oro.. Le lendemain, Julia Lezhneva est accompagné par l’Orchestre de Chambre de Bâle pour une passion différente. Et le dimanche, Vivica Genaux qui était déjà venue pour un concert de Vivaldi lors de la première édition du Festival (qui a été applaudi pendant 20 minutes par les Tourangeaux). Elle propose un véritable spectacle et qui entre dans la peau de Pauline Viardot, l’égérie de Berlioz et Rossini, qui était tout : pianiste, cantatrice, écrivaine et qui a connu tous les grands de son époque. Elle a aussi été la muse et maîtresse de Tourgueniev, elle était en ménage à trois avec elle et son mari, dans la fameuse Villa Viardot, à Bougival, qui sera restaurée grâce au Loto mis en place par la Mission Stéphane Bern et la Fondation du Patrimoine.

Le deuxième week-end, la flamme est plus philosophique et spirituelle avec la création de Tears of London .

Et le troisième week-end est placé sous le signe du feu d’artifice : Le concerto italiano joue pour la première fois quatre ouvertures de Bach qu’il enregistrera plus tard pour Naïve. Il y aura aussi le Carmina latina dirigé par Alarcon avec sa Cappella Mediterranea. Nous sommes ici dans le mélange des cultures qui est cher au Festival.  Le chef argentin, Leonardo García Alarcón, fait partie de ceux qui ont attiré l’attention sur ce patrimoine composé en Amérique, qui fait une synthèse entre les deux monde : l’ancien et le nouveau.

Quels sont les plus grands  paris de cette édition 2018 ?

Le plus grand pari est peut-être d’avoir mis la musique au service d’une bonne action. La nouveauté de ce festival c’est le travail avec  l’hôpital de Tour :. Nous allons récolter de l’argent pour leur programme d’éveil musical pour les enfants atteints d’autisme. Est-ce qu’on y arrivera est-ce qu’on sera à la hauteur ? Cela nous permettrait de faire encore plus à la prochaine édition. L’autre grand moment sont les trois masterclasses par Vivica Genaux le 15 octobre, Rinaldo Alessandrini le  27 octobre et Joël Suhubiette & Anne Magouët les 27 et 28 octobre.

visuels : (c) Alessandro Di Profio aux apartés  et avec  Vaklav Luks / affiche officielle du Festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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