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Concert des Lauréats HSBC du Festival d’Aix-en-Provence : Devieilhe, Soare, Roth et les Siècles ou la recette imparable pour une soirée réussie

Concert des Lauréats HSBC du Festival d’Aix-en-Provence : Devieilhe, Soare, Roth et les Siècles ou la recette imparable pour une soirée réussie

09 décembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Mardi 2 décembre avait lieu à la Cité de la Musique le concert des lauréats HSBC de l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence… de quoi aimer la banque ! Le mois s’est donc superbement ouvert sous la baguette de François-Xavier Roth à la tête de l’ensemble Les Siècles auxquels se sont jointes les merveilleuses Sabine Devieilhe et Andreea Soare. Tous les ingrédients étant ici réunis pour que nous passions un excellent moment, il s’agissait de passer à table!

 [rating=5]

Au menu de ce soir, une entrée fort copieuse en la Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven. Rien de très original… seulement voilà : comme dans toutes les recettes traditionnelles, l’assaisonnement fait toute la différence. En ce sens, François-Xavier Roth est un formidable chef aux multiples étoiles : chaque mouvement est parfaitement maîtrisé, l’équilibre est extraordinaire. Certes, côté violons, les deux premiers coups d’archet ne sont pas très convaincants, mais ils ne restent pas en bouche longtemps. Nous sommes presque immédiatement embarqués dans cette si fameuse symphonie dont la célébrité ne laisse finalement pas de place à la moindre erreur.

On aurait peut-être aimé un deuxième mouvement légèrement plus relevé avec un crescendo plus marqué… mais chacun savoure Beethoven à sa manière ! Avouons qu’il s’accommode aisément et que cette attente vient certainement de l’habitude de l’entendre jouer d’une certaine façon, trop froide et réchauffée, avec une lourdeur héroïque exagérée. Rien de cela ce soir : tout est frais et s’enchaîne avec les respirations nécessaires ainsi qu’un tempo parfaitement rythmé et assumé permettant de ne pas s’ennuyer une seule seconde.

A cela s’ajoute une équipe haute en couleur, avec un violoniste gaucher dont on entend parler dans le public avant même que la représentation ne commence et un ensemble de musiciens particulièrement entraînant. Quelle joie de voir un orchestre comme celui-ci habité par la musique qu’il joue… ou plutôt non : qu’il interprète véritablement. Certains rayons de ce soleil sont plus lumineux que d’autres, comme la violoncelliste qui se remarque au milieu de ses confrères et consœurs, emportée dans son jeu, fronçant les sourcils, dodelinant la tête en parfait accord avec sa partition et l’ensemble, souriante et joyeuse dans les moments opportuns. Un vrai régal !

Une telle entrée aurait de quoi caler n’importe qui. Seulement voilà, le public est gourmand et la suite fait terriblement saliver : aux Siècles viennent s’ajouter deux succulentes étoiles, Sabine Devieilhe et Andreea Soare, sur des airs de Mozart. Voici donc le plat de résistance qui explose en bouche.
Nous commençons cette dégustation par « Vorrei spiegarvi o Dio » chanté par la jeune Sabine Devieilhe que l’on ne présente plus et qui avait d’ailleurs interprété ce même air lors des dernières Victoires de la Musique où elle était nominée en tant qu’artiste de l’année, un an seulement après avoir remporté le titre de Révélation de l’année. La technique s’est encore affermie depuis, la voix est plus sûre, plus posée et monte avec agilité. L’incarnation, quant à elle, est toujours remarquable, l’artiste prenant pleinement possession de l’œuvre dès la première note, avec cette position des mains qui se joignent les paumes tournées vers le ciel pour accompagner son chant. Léger, parfumé… du petit miel ! On se resservirait bien, mais on sait que le festin est loin d’être fini.

Arrive alors Andreea Soare, cette jeune soprano roumaine qui a commencé le chant par la variété avant de se tourner vers une carrière lyrique. Elle entame « Ah, l’ho previdi… Ah, t’invola… » » et on ne peut que sentir la différence avec sa prédécesseure : si la voix de la première semblait suivre un fin tourbillon d’air dans lequel elle montait et descendait dans un mouvement vertical, la voix de la seconde obéit à un mouvement plus horizontal et se déverse dans la salle de toute sa puissance. Dommage qu’il manque alors de l’interprétation et que la prononciation ne soit pas aussi claire et limpide que celle de sa comparse. Rassurez-vous : le moment reste délicieux!

Le reste de la soirée alterne donc ces deux cantatrices : « No, che non sei capace » par une Sabine Devieilhe qui nous offre des notes détachées superbes et incomparables, « Bella mia fiamma, addio » qui laisse voir davantage d’interprétation de la part de Soare, souffrant cependant toujours de la comparaison, puis nous savourons un éclatant « Popoli di Tessaglia… Io non chiedo » qui « atteint un redoutable contre-sol » d’après le programme, mais qui ne nous semble pas si redoutable tant il est excellemment bien mené et servi : on pourrait croire qu’il coule tout seul, d’un naturel décontenançant.

Après un tel festin, on pourrait croire que nous sommes rassasiés… Que nenni ! Nous venons seulement de finir le plat chaud et nous savons tous « qu’il reste toujours une petite place pour le dessert », autrement dit pour le(s) rappel(s), moment où le public se demande à quelle sauce il va lui-même être mangé… Cependant, pas de farandole mardi soir : un unique rappel réunissant les deux sopranos, d’une belle complicité et d’une légèreté fort plaisante dans un air qui, malheureusement, ne nous a pas été présenté… Nous savourons donc jusqu’à la dernière note ce beau « dessert surprise » pour clôturer ce repas oscillant entre royal et divin, tout à fait à la hauteur du menu annoncé.

Si cet avant-goût vous a mis les papilles en émoi et que vos pavillons auriculaires commencent à crier famine, rendez-vous le 29 décembre sur France Musique pour la rediffusion de cette soirée dont la place est incontestablement au centre des Fêtes !

photo : (c) Vincent Beaume.

Elodie Martinez

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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