Classique

Concert pour le centenaire du recouvrement de l’Indépendance de la Pologne avec Sinfonietta Cracovia

Concert pour le centenaire du recouvrement de l’Indépendance de la Pologne avec Sinfonietta Cracovia

22 octobre 2018 | PAR Victoria Okada

C’est en 1918, après 123 ans d’asservissement étranger, que la Pologne retrouve sa place légitime sur la carte de l’Europe. En 1919, le pianiste et compositeur Ignacy Jan Paderewski, devient Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères. Pour célébrer l’événement, l’orchestre de chambre Sinfonietta Cracovia a donné un concert 100 % polonais, le 21 octobre à la Salle Gaveau.

La Sinfonietta Cracovia, Orchestre de la Capitale Royale de Cracovie voit le jour en 1994 en tant qu’une institution de la ville, comme suite d’une évolution de l’ensemble « Jeunes musiciens de chambre de Cracovie », en recevant une aide précieuse d’Elzbieta et Krzysztof Penderecki. L’orchestre a notamment effectué la création polonaise du Concertino per tromba e orchestra du compositeur dans une série de premières mondiales.

La première partie du concert s’ouvre avec la Suite en sol majeur pour orchestre à cordes de Paderewski, œuvre romantique sur la lignée de Tchaïkovski et de Mendelssohn. En trois mouvements, la Suite donne l’impression qu’il manque l’Allegro final mais possède un charme nostalgique. Les cordes de l’orchestre, peu homogènes et ayant une sonorité acide, sont imprécises et ne s’avèrent pas convaincantes. Puis, avec Ingolf Wunder au piano, ils interprètent le Concerto n° 1 de Chopin, dans une version d’orchestre à cordes. Le pianiste, né en 1985 et a remporté le 2e prix ex-æquo au concours Chopin de Varsovie en 2010, adopte un tempo changeant avec beaucoup d’agogiques. Il montre parfois des contrastes originaux et intéressants mais dans l’ensemble on a l’impression qu’il se noie dans des idées disparates. Dans le troisième mouvement, son jeu est extrêmement sportif, même s’il insère quelques ornements qui trouvent leur place mais qui restent finalement discrets. Malgré le peu d’intérêt dans la partie orchestrale de cette partition, le chef Jurek Dybal met la lumière sur des détails que l’on entend jamais, habituellement effacés derrière le piano, et donne un autre visage de cette œuvre que l’on croit connaître pourtant par cœur. En revanche, il est alors dommage que l’interprétation, avec des phrasés monotones, couleurs peu rendues et des sons métalliques, ne valorisent pas l’intérêt de sa vision.

Après l’entracte, l’atmosphère change complètement. Le talent de Jurek Dybal semble s’épanouir de plus belle dans la musique du 20e et du 21e siècle. En effet, outre sa fonction de directeur de la Sinfonietta Cracovia depuis 2014 et de contrebassiste de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, il est fondateur et directeur du Festival International Krzysztof Penderecki-Poziom 320 qui a lieu dans le sous-sol de la mine Guido de Zabrze en Pologue. Dès le début de la deuxième partie, la Sinfonietta n° 3 « Feuilles d’un journal non écrit » de Penderecki montre l’affinité des musiciens avec le répertoire de notre temps, avec un sens rythmique aigu (notamment dans Petite suite pour orchestre de Chambre de Lustoslawski) et la vivacité que l’on ne soupçonnait même pas chez eux dans Chopin. La performance plaisante des instruments à vents qui ont rejoint aux cordes ravivent l’ensemble qui se révèle désormais tonique et exaltant. De Lustslawski, on entend également Chantefleurs et chantefables pour soprano et orchestre (1991), une succession de courtes mélodies en français. La soprano américaine Marisol Montalvo, malgré son français assez clair, n’a pas une voix qui se projette loin et parfois, elle s’efface dans l’orchestre, ce qui prive l’occasion d’une juste appréciation.

Pour conclure la soirée (qui était, il faut avouer, assez longue…), les musiciens offrent deux bis : Orawa de Wojciech Kilar (1932-2013, connu pour ses musiques de film, notamment Le Pianiste de Polanski) et Aria de Penderecki. Orawa est une pièce pour orchestre à cordes ayant un caractère répétitif et dont l’effectif s’élargit au fur et à mesure. Une seule audition suffit pour être totalement sous le charme de cette musique envoûtant et hypnotique, avec des rythmes syncopés, que Jurek Dybal et les musiciens de Sinfonietta Cracovia interprètent avec une énergie sous jacente qui explose au moment voulu.

Ce fut une belle soirée en somme, pour commémorer honorablement le centenaire de l’indépendance de ce pays fascinant.

Photo © Sinfonietta Cracovia

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