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Un relancement du #MeToo ?

Un relancement du #MeToo ?

22 octobre 2018 | PAR Chiara Florimond-Bretault

Le lancement du #MeToo est devenu viral et a aidé la parole des femmes à se libérer, mais qu’en est-il vraiment pour certaines professions comme les historiennes ou les philosophes ? Cet automne deux tribunes donnent voix aux historiennes et aux philosophes.

Le 5 octobre 2017, l’affaire Weinstein a éclaté et un énorme mouvement de soutien et de libération s’est diffusé autour du hashtag #MeToo, ou en français #BalanceTonPorc. Harvey Weinstein, producteur américain très influent, est alors accusé de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles par 93 femmes et par 14 autres de viol. Des milliers de femmes ont alors pris la parole, réagi et laissé des commentaires sur les réseaux sociaux partout dans le monde. Depuis, des études ont montré que non seulement les femmes osent plus prendre la parole mais également qu’elles sont plus écoutées. Mais la situation a-t-elle vraiment changé ?

Quelques jours avant la 21ème édition du Rendez-vous de l’histoire de Blois, Hélène Blais, professeure d’histoire contemporaine à l’ENS, lance une pétition, après avoir constaté, avec des collègues femmes, depuis plusieurs années, un malaise et une inégalité au sein de leur profession.

Le Rendez-vous de l’histoire de Blois est un festival qui avait lieu cette année du 10 au 14 octobre  et où des centaines d’auteurs et d’éditeurs rencontrent leurs lecteurs. Parmi eux, seulement trois femmes ont été nommées au « grand prix du Rendez-vous de l’histoire de Blois » contre dix-huit hommes, démontrant les inégalités de genre dans le domaine de l’histoire. Pour donner un autre exemple, Hélène Blais cite le fait que beaucoup moins de femmes que d’hommes passent la barrière de l’oral à l’agrégation pour devenir historienne.

Hélène Blais obtient alors la signature de 520 historiennes pour dénoncer le patriarcat dans le domaine de l’histoire. Certaines n’ont d’ailleurs pas hésité à faire remarquer que l’affiche du festival était le visage totalement flouté de la Mona Lisa, qui n’est autre qu’une femme.

Inspirées par ce mouvement, plus de 60 philosophes ont rédigé une tribune sur la « vision masculine » de la philosophie et sur l’invisibilité de leurs recherches, de leurs concepts. Elles cherchent à dénoncer le déni pur de leur statut de femmes philosophes et la masculinisation de leur profession.

Toutes ces femmes n’ont cependant pas exactement les mêmes objectifs. Certes, elles souhaitent toutes le respect de la loi sur la parité dans les comités de recrutement et dans les jurys de concours de leurs deux disciplines et une égalité salariale (des écarts de salaires de 1000 euros en moyenne sont observés en fin de carrière!), mais les historiennes désirent particulièrement instaurer des mesures de discrimination positive transitoires, comme par exemple un congé spécifique pour les jeunes historiennes qui viennent d’avoir un enfant. Elles dénoncent enfin une prédominance des hommes dans les grandes collections historiques.

Quant aux philosophes, elles réclament que leurs travaux soient autant lus, cités, débattus que ceux des hommes. Dans la tribune, elles font observer que lors du déroulement des Rencontres philosophiques de Langres, les 4, 5 et 6 octobre 2018, seulement deux conférences sur dix étaient tenues par des femmes et qu’aucune femme philosophe était présente à l’événement, où leur présence est pourtant nécessaire. Les Rencontres de Langres est un événement qui propose des rendez-vous, des rencontres, des discussions autour de la culture et la réflexion, sur un thème qui change tous les ans.

Ainsi, les femmes ont réussi à exprimer leur volonté d’égalité avec les hommes notamment à travers l’affaire Weinstein et le célèbre #MeToo, mais, un an plus tard, les femmes doivent continuent le combat, notamment dans les sciences humaines qui restent des domaines masculinisés.

visuel : Affiche des Rencontres de l’Histoire

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Chiara Florimond-Bretault

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