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Astrig Siranossian : « Duo solo » de violoncelles autour de Kodaly, Ligety, Bach et de chants et mets arméniens

Astrig Siranossian : « Duo solo » de violoncelles autour de Kodaly, Ligety, Bach et de chants et mets arméniens

05 octobre 2022 | PAR Yaël Hirsch

Ce lundi 3 octobre, au club créatif We Are, la violoncelliste Astrig Siranossian et le Chef Arthur Jallerat nous invitaient à un souper franco-arménien en musique pour célébrer la sortie du nouvel album de la musicienne chez alpha classics « Duo Solo ». Le repas, comme le programme, était une invitation à établir des ponts entre le classique et la tradition arménienne.

Astrig Siranossian sera le 10 décembre 2022 à la Philharmonie avec ce programme de dialogues entre deux instruments et deux cultures, jusque dans les visuels, puisqu’elle a travaillé avec le photographe Antoine Agoudjian qui a notamment travaillé dans le Haut Karabakh.

Deux violoncelles

Ce n’est pas avec un mais deux violoncelles – un F. Ruggieri datant de 1676 et un célèbre G. Gagliano nommé « Sir John Barbirolli » datant de 1756 – qui nous accueillent dans la grande salle du We Are où toutes les tables regardent vers la scène. Le 14 octobre sort le nouveau disque d’Astrig Siranossian « Duo solo », qui allie violoncelle & voix, Bach, Kodaly, Ligeti et des chants populaires appris à la maison. La musicienne entremêle les répertoires et livre ainsi des extraits de son album en trois temps, le temps des plats du dîner…

Les trois temps du dialogue

La mise en bouche est une coupe de champagne et un Beurek arménien au fromage de brebis avec du persil, après laquelle Astrig Siranossian nous plonge directement dans les deux temps de sonate de Ligeti. Très pédagogue, visiblement émue de partager ce programme avec nous, la violoncelliste décrit cette sonate comme une lettre d’amour et puis de chagrin d’amour. Son jeu rend hommage au caractère passionné et presque dur d’une composition qui réconcilie des extrêmes.

Le deuxième temps s’est déroulé autour d’un vin rouge arménien « Agos » («  les sillon » cépage de reynie), fait par la mère de l’artiste. Nous mangeons également un œuf parfait et des champignons. C’est l’heure de Bach, mais pas tout à fait… Souhaitant désacraliser un peu les Suites pour violoncelle et rappelant que ce sont des « musique à danser », Astrig Siranossian commence par un air traditionnel arménien. Le passage à la première Suite est étonnant mais aussi assez doux, et ce que la violoncelliste appelle « le cœur brut de l’album », c’est-à-dire ces échos créés entre deux traditions, fonctionne. Cela émeut encore plus quand elle se met à chanter des chants de sa tradition, d’un timbre époustouflant. On ralentit avec Bach, puis la danse prend vraiment toute la place avec la chanson populaire « Shogher Dan » qui nous permet de réellement finir Bach en dansant sur un rythme effréné.

L’artiste se rassied et entame avec nous un moment de gourmandise : le plat est un bar de ligne sur un risotto de chou-fleur croquant, relevé par un verre de sancerre blanc. Le troisième et  dernier temps du concert est aussi le plus exigeant : un mouvement de la fameuse sonate pour violoncelle de Kodaly. L’artiste la présente avec une réflexion sur sa date, 1915, qui est aussi celle de la chute de l’Empire Ottoman et du génocide arménien. Elle livre une réflexion sur la fin des Empires. C’est aussi le moment où en Autriche-Hongrie, Kodaly et Bartok, et en Arménie, Komitas ont senti qu’il fallait aller rechercher les éléments d’une musique populaire qui risquaient de disparaître si on ne les conservait pas… Astrig Siranossian nous explique également comment son instrument doit être accordé différemment pour « attraper » les notes exigeantes de Kodaly. Et elle livre une interprétation saisissante du mouvement : tumultueuse, pleine d’énergie, avec une intensité et une gravité auxquelles se mêle une joie lumineuse.

La soirée se termine avec une Pavlova, un « Martini oriental » et une dédicace d’un album qui va nous accompagner dans l’hiver…

visuels (c)YH

La course de « 900 Something Days Spent in the XXth Century » de Némo Flouret
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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