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2e édition du Festival Beethoven de Beaune, la maestria dans une formule modeste

2e édition du Festival Beethoven de Beaune, la maestria dans une formule modeste

01 mai 2019 | PAR Victoria Okada

À Beaune, en Bourgogne, un nouveau festival a vu le jour l’année dernière, par l’initiative du violoncelle coréen Sung-Won Yang. Pour cette deuxième édition, le Festival Beethoven de Beaune a proposé trois concerts en trois soirées. Ces prestations montrent d’emblée l’excellence de la manifestation et son engagement pour offrir la grande qualité musicale dans un cadre intimiste et accessible. Le projet de la création du festival a été rendu possible grâce à l’amitié que le directeur artistique Sung-Won Yang a tissée, au fil des ans et des concerts, avec les viticulteurs mélomanes de la région. Nous avons assisté à deux de ces concerts.

quatuor Mosaïques

Leçon de musique avec Haydn et Beethoven par le Quatuor Mosaïques

Le Quatuor Mosaïques est à l’honneur le samedi 27 avril pour un programme Haydn (op. 42) et Beethoven (Razumovsky 2 et 3). Fidèles à leur esthétique, ils jouent sur leurs instruments des XVIIe et  XVIIIe siècles avec des cordes de boyau, le diapason réglé à 432. Cela devrait offrir des sons plus organiques qui se répondent les uns aux autres. Or, la salle de La Lanterne Magique, inaugurée en 2011 en aménageant les anciennes caves de négoces de vins Calvet, a une acoustique étouffante malgré ses murs en bois et son plafond de pierre, à cause de ses revêtements de sol et de ses sièges recouverts de mousse. Résultat : les quatre instruments sonnent très secs, chacun de son côté, au lieu de créer une sonorité chaude et harmonieuse… Quel dommage que ce défaut acoustique tourne en défaveur de cette pourtant excellente formation, qui montre aussi bien dans Haydn que dans Beethoven leur savoir-faire de « l’interprétation historiquement informée ». Signalons à l’occasion que leur intégrale des quatuors de Haydn ainsi que la grande partie de ceux de Mozart et de Beethoven chez Astrée et naïve (1989-2003) demeurent une référence.
Pour plusieurs mouvements de ce programme, notamment le menuet du Quatuor en ré mineur de Haydn ainsi que la plupart des mouvements rapides des « Razumovsky » n° 2 et 3, les musiciens fixent un tempo relativement retenu. La musique est alors mise à nu et devient transparente, à l’état pur, sans aucun artifice ; la fougue avec laquelle s’expriment de nombreux groupes semble ici assez étrangère, mais cela ne signifie pas pour autant que la passion ne s’exprime pas, tant s’en faut ! Chez les Mosaïques, chaque note pose sa valeur et ils donnent ainsi une formidable leçon de musique selon laquelle le tempo rapide n’est ni un gage ni un privilège pour communiquer l’énergie latente. Le finale de « Razumovsky » n° 3 est magistral avec toutes les qualités déjà énoncées mais aussi avec les défauts (toujours dû à l’acoustique) ; on comprend ici que la perfection n’est pas la garantie d’une interprétation qui émeut, mais un formidable vecteur d’une intensité et d’une profondeur.

Concert de clôture avec un programme germanique

Le dimanche 28 avril à la même salle, le trio formé par le violoniste Guillaume Sutre, le pianiste Enrico Pace et le violoncelliste Sung-Won Yang livrent un concert de haut vol, avec un programme Mozart, Beethoven, R. Strauss et Mendelssohn. Les instruments à cordes modernes et le piano réglé en tenant compte de la caractéristique de la salle, offrent un meilleur rendu et la sensation de sécheresse sonore est quelque peu estompée. Dans la Sonate pour violon et piano en si bémol majeur K. 454 de Mozart, un heureux dialogue entre deux instruments s’installe dès les premières notes et cela se poursuit avec grâce. Parfois, des notes élancées du violon trouvent son écho dans un léger silence qui suit, créant un effet d’attente étrangement agréable. Beethoven a écrit sept Variations sur un thème de de Mozart, en l’occurrence de La Flûte enchantée, pour violoncelle et piano WoO. 46. Le violoncelle de Sung-Won Yang est infiniment inspiré, incarnant raffinement et légèreté mozartiens revus par son admirateur viennois, tandis qu’Enrico Pace déploie pleinement son talent incontestable de chambriste (c’est un partenaire musical de longue date du violoniste Franck Peter Zimmermann). Le même duo livre ensuite une interprétation vivifiante et éminemment romantique de la Sonate de R. Strauss op. 6, dans une explosion d’énergie juvénile. Le contraste entre le 2e mouvement où règne un grand lyrisme encore brahmsien et l’espièglerie du troisième mouvement à la manière de Mendelssohn est absolument plaisante, et tout au long de l’œuvre, le pianiste prend la plus belle part en soutenant le violoncelle et en s’affirmant fièrement. Les trois musiciens se réunissent pour une interprétation du Trio op. 49 de Mendelssohn, exaltante et revigorante qui fait résonner et amplifier la corde sympathique que nous avons tous en nous.

Photos © Jean LIM

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Victoria Okada

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