Chansons

[Live report] du 12 décembre « Frère animal Second tour » à la Cité de la Musique

[Live report] du 12 décembre « Frère animal Second tour » à la Cité de la Musique

13 décembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

frereanimal

Chaque année, nous avions l’habitude d’assister à la soirée de Noël de Florent Marchet, où toutes les facettes étaient explorées, chaleureuse, festive, ou bien plus trouble et inquiétante. Plus flippant que Noël ? Oui, les élections de 2017 se profilent, avec le risque de l’extrémisme. Alors, cette année, Frère animal revient pour nous réveiller : un album engagé, utile. Le concert de ce soir était d’une grande justesse, très touchant : dépêchez-vous, la Cité de la Musique accueille Frère animal pour 4 soirs, jusqu’à jeudi.

[rating=5]

Dans ce Second tour, nous retrouvons Thibaut (Florent Marchet), incarcéré pour l’incendie de l’usine SINOC. Il s’apprête à sortir, mais le monde ne l’a pas attendu. Ni sa petite amie Julie (Valérie Leulliot, qui était la chanteuse du groupe Autour de Lucie) partie avec un autre, ni son frère Renaud qui, pendant la détention de Thibaut, s’est marié avec un homme (l’écrivain Arnaud Cathrine, co-auteur des paroles avec Florent Marchet), ni le pays, qui n’a plus grand chose à offrir et ne tourne plus très rond. Mais dans le vieux café des Marronniers, il y a aussi son ami Benjamin (Nicolas Martel), un peu à la dérive lui aussi. Pas de vraie réussite, il bosse avec son père : la reconnaissance sociale, il l’a trouvée ailleurs, dans l’engagement politique. Au Bloc National, les valeurs de la France lui paraissent belles, rassurantes. Avec finesse, les chansons déroulent la spirale du glissement dans la voie extrême, brutale sans issue. Ce parti qui profite de la désespérance construit un discours habilement policé, qui nomme les choses autrement. Le racisme, toujours présent, ne s’avoue plus ouvertement. On prétend aider ceux qui ont décroché. La rhétorique joue sur du velours. Plus personne ne veut de lui, l’horizon s’est rétréci, alors Thibaut s’engage comme on prend la fuite.

En vingt-deux plages, chansons ou textes parlés-chantés (et François Morel à la voix off), Frère animal raconte la chute d’un homme, qui peu à peu perd tout ce qui faisait son identité. Comme expulsé de lui-même, Thibaut fait entendre une douce plainte, presque étonnée. Les liens qui le rattachaient aux autres se sont rompus, un à un, le laissant seul et désarmé :

« On n’a rien pour moi
J’imaginais quoi
On me rappellera
Ou pas »

Petit faux départ, ce soir, et deuxième entrée, avec décontraction et classe. Pour une histoire de déréliction, cela tombait très bien. La voix de Florent Marchet, comme toujours, nous touche directement. Ferme, délicate, elle appuie là où cela fait mal. A ses côtés, Nicolas Martel impressionne, stature et voix puissantes, au service ici d’une cause misérable. Valérie Leulliot chante des adieux tristes et sans appel. Pour le frère (Arnaud Cathrine), le dilemme est plus complexe : suis-je le gardien de mon frère ? dit la Bible et, ici, la chanson.

Frère animal nous garde éveillés, conscients du monde qui risque de se diriger dans le mauvais sens. Un grand merci pour ce concert marquant, et nécessaire, qui s’est terminé sur la chanson-phare de l’album, « Vis ma vie », à écouter en boucle :

visuels: photo officielle de l’album, clip officiel.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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