Musique
Bertrand Burgalat : Un album ? Pourquoi pas

Bertrand Burgalat : Un album ? Pourquoi pas

09 juin 2012 | PAR Francois Colombi

C’est dans les bureaux de son label que Bertrand Burgalat nous accueille pour nous parler de la sortie de son nouvel album Toutes Directions. Avec légèreté et décontraction, le chanteur et patron de Tricatel nous livre sa vision de la musique, mais aussi son avis sur l’avenir de cette industrie en plein bouleversement.

L’album est disponible en plusieurs formats, et en plusieurs versions différentes. Pourquoi un tel moyen de diffusion ?
Je trouvais les méthodes utilisées par les majors pas très honnêtes. Au lieu de sortir l’album normal puis une version avec les bonus, on a décidé de faire l’inverse. Comme cela les fans, ou en tout cas ceux qui nous suivent sont privilégiés et n’ont pas besoin d’attendre et de repayer. On a fait une sorte de compromis, en essayant de faire un cd et un vinyle pas trop chers, tout en soignant le livret. Mais diversifier les moyens de diffusion avait aussi pour but de faire connaître l’album. De cette manière, chaque personne a le support et la version du disque qu’il désire.

Le support parlons en, êtes -vous attaché à l’objet disque ou vinyle ? Etes -vous touché par la dématérialisation de la musique ?
Pas plus que ça en réalité car la musique est avant tout immatérielle. Le support n’est pas si important. Le vinyle a un côté romantique c’est certain mais seul compte de faire de la bonne musique. Je m’attelle à faire une qui sonne bien avant de me demander comment elle sera écoutée. Ce qui est étrange c’est qu’on parle de dématérialisation de la musique et que nous avons plus vendu de supports  physiques de Toutes Directions que n’importe lequel de mes albums auparavant.

La compression du son, le MP3, l’iPod et donc une perte de qualité sonore vous importe t‘elle ?
En tant que musicien c’est certain mais j’utilise moi même le numérique pour enregistrer car c’est bien plus économique. J’aimerais enregistrer sur bande, mais c’est hors de prix… J’ai mon petit Protools et c’est très pratique. Cependant, il m’arrive d’écouter de la musique sur les plateformes, pour découvrir de nouveaux artistes et de nouvelles choses. Ce qui y est plaisant c’est le côté spontané.

Quelle est la position d’un patron de label et comment voyez vous l’avenir de la distribution musicale ?
Directeur de label n’est pas un métier facile. J’aimerais juste être musicien et ne pas me tracasser avec tous les problèmes qu’un label peut poser. Mais il faut arrêter de pleurnicher car c’est aussi un métier passionnant, très tourné vers les autres et à l’écoute de ce qui se fait en ce moment. Après j’ai une vision très pessimiste de la musique car je pense que c’est un monde qui est en train de s’effondrer au profit d’un nouveau. C’est pourquoi l’Etat doit aider et prendre en compte les petits et les artisans comme nous car l’art indépendant a tout autant sa place dans la culture que celle dite « mainstream ».

Vous parlez de ce qui se fait en ce moment. Quels sont les artistes qui vous inspirent, ou selon vous, ceux qui sont à sauver ?
J’écoute un peu de nouveautés, mais je trouve qu’on est dans une vague trop passéiste. Même dans les années 1990 à l’heure où la techno était reine, je trouvais que c’était de la fausse modernité. Daft Punk et son Discovery, n’est rien d’autre que du disco des années 1970. On vit dans le passé, mais je suis persuadé que l’on va en sortir. Après j’ai conscience que moi même j’ai une image retro mais je tente tout de même d’amener de la fraîcheur dans ma musique.

Vous évoquiez il y a quelques années vos problèmes de santé (diabète et troubles de la vue). Est- ce qu’ils ont été un frein ou au contraire  un moteur dans la composition de cet album ?
Je n’aime pas trop m’étendre sur le sujet, mais je pense que le diabète est une maladie mal abordée et mal connue. Elle m’a beaucoup exténué et certains ont trouvé qu’il en ressortait de moi une musique anémiée. Mais je suis aujourd’hui en meilleure santé et cela se ressent sur Toutes Directions qui est beaucoup plus nerveux. J’ai toujours des problèmes de vue, et cela me dérange pour lire les partitions, mais sinon tout va bien de ce côté là.

Au niveau de l’album en lui même, qu’est ce qui après quatre années de silence vous a donné envie de refaire un album ?
Même si un disque est une contrainte, je trouvais dommage de laisser tomber des morceaux que j’avais écrit et qui si je ne les enregistrais pas ne verraient sans doute jamais le jour. Alors je me suis dit: Un disque ? Pourquoi pas…J’ai cherché à faire quelque chose de différent et de plus subtil par rapport à mes anciens albums et aussi différent de ce qui se fait en ce moment. Je dois préciser que j’ai eu beaucoup de mal à le sortir artistiquement parlant. J’entendais déjà les gens râler : « Il nous emmerde cet esthète à la noix avec ses phrases Proustiennes alors qu’il n’a même pas lu Proust. ». On me reproche souvent un manque de vitalité, et des rythmiques bizarres mais je ne veux pas commenter ce qui a été dit et ce que j’ai fait.

Pas de regrets alors ?
Aucun

 

 

Visuel : Bertrand Burgalat (Tricatel)

Live Report : Bertrand Burgalat au Trabendo : l’éléctron libre de la chanson française
Je sens le beat qui monte en moi, le court vitaminé de Yann Le Quellec
Francois Colombi

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