Musique
« Anima » : un spectacle insolite d’Alexander Schubert au centre Georges Pompidou

« Anima » : un spectacle insolite d’Alexander Schubert au centre Georges Pompidou

14 juin 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le festival Manifeste 2022 de l’IRCAM se déroule à Paris du 8 Juin au 2 juillet 2022. Anima est une composition d’Alexander Schubert, créée à la demande de l’IRCAM le 11 Juin à 20h 30 dans la grande salle du Centre Pompidou. La production est de Décoder Ensemble, la chorégraphie de Patricia Carolin Mai.

L’IRCAM, un centre exceptionnel de recherche musicale

L’IRCAM (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique) a été fondé en 1970 par Pierre Boulez à la demande de Georges Pompidou. C’est un lieu de formation, de production, d’expérimentation, d’interactions entre sciences et musique. La recherche musicale et sonore s’appuie sur des disciplines connexes comme l’informatique, les mathématiques, les neurosciences. Le Festival Manifeste de l’IRCAM fait appel à de nombreux musiciens contemporains et se veut résolument multidisciplinaire.
Alexander Schubert est un compositeur allemand né à Brême en 1979. Il a étudié au centre de bio informatique de Leipzig et au centre « Art et technologie » de Karlsruhe. Sa musique est expérimentale, associant improvisation, utilisation des multimédias et recherche sur l’intelligence artificielle. La pièce « Anima » se situe dans un laboratoire où des « volontaires » acceptent des expériences, il s’agit de simulations informatiques générées par l’intelligence artificielle.

Une expérience sonore et visuelle inédite

Face à un rectangle noir, des grondements, des claquements, des voix déformées. Puis apparaissent des flashs lumineux, des images s’entremêlent, on croit voir un réseau neuronal puis rentrer dans un scanner. Le nom « Anima » s’affiche sur l’écran virtuel. Grésillements, bruits d’eau, ordres qui claquent, les danseurs semblent accepter l’expérience. Les simulations, nombreuses, se succèdent, leurs paramètres informatiques apparaissent sur l’écran. On entend des oiseaux, des chants à peine ébauchés mais aussi le vent qui hurle, des bruits inquiétants. Après chaque simulation le laboratoire semble imploser. La chorégraphie est onirique, les danseurs sont figés souvent dans des postures improbables, ils se meuvent comme des robots. Une femme en noire apparait, dominatrice, symbolisant peut être la douleur ou la mort. Les danseurs paraissent engloutis par la machine. Puis le calme revient, les danseurs sont enveloppés de brume et jouent d’instruments fictifs. Les cris, les bruits de coups annoncent le retour du chaos. Les simulations sont terminées, le spectateur est au cœur d’une machine infernale, il pourrait se croire dans un jeu vidéo gigantesque, le tourbillon sonore s’intensifie renforçant le sentiment apocalyptique. Retour au calme, le laboratoire évoque un temple, on entend une flûte. Une danseuse en tunique blanche, assise en tailleur scande un texte peut être sur le sens, sur le résultat de ces expériences. A la fin le décor tombe, les volontaires semblent par leur gestes encore mécaniques mais adoucis se libérer de la souffrance, alors qu’un chat, lui, n’arrive pas à se relever…

Anima : une métaphore

Anima est un spectacle d’une intensité sonore et visuelle exceptionnelle. Il se décrit au superlatif, réalisant une symbiose hallucinante entre le son et la lumière. Des bouchons d’oreilles sont même proposés aux spectateurs ! Pour Alexander Schubert un système piloté par l’intelligence artificielle pourrait fonctionner comme un dispositif thérapeutique de groupe. L’intelligence artificielle et la pièce sont pour lui une métaphore de nos perceptions, de nos représentations, de notre vision du monde. Mais comme le suggère la fin du spectacle, l’ambivalence et le doute demeurent, il n’est pas certain que la catharsis réussisse à tous.

visuels (c) affiche du festival Manifeste 

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Jean-Marie Chamouard

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