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Andrzej Wiercinski, 1er prix du Concours international de piano Saint-Priest

Andrzej Wiercinski, 1er prix du Concours international de piano Saint-Priest

09 avril 2019 | PAR Victoria Okada

L’épreuve finale du Concours international de Piano Saint-Priest Antoine de Saint-Exupéry s’est tenue le dimanche 7 avril au théâtre Théo Argence à Saint Priest, près de Lyon. Au terme de 4 jours d’épreuves intensives, le jury a décidé d’attribuer le premier prix au Polonais Andrzej Wiercinski.

Lauréats et membres du jury à la proclamation des prix

Créé par Béatrice Quoniam en novembre 2017, le concours, à seulement sa deuxième édition, surprend le public aussi bien que le jury par l’excellence du niveau général. Sur les 25 compétiteurs présélectionnés sur vidéo parmi les 75 inscrits, une vingtaine de jeunes pianistes représentant 16 pays se sont présentés sur la scène du Théâtre à la première épreuve le 4 avril.

Le concours laisse les candidats la liberté de composer leur programme pour chaque étape, la seule condition étant au minimum deux œuvres d’époques différentes et de style contrasté. Il en résulte un fait révélateur : nombreux sont ceux qui ont choisi, tout au long des épreuves, des œuvres écrites après la seconde moitié du XIXe siècle, notamment de de Scriabine et de Prokofiev. C’est ainsi qu’on entend trois Sonates de Guerre de ce dernier au final, ce qui change consiédrablement la donne d’un concours traditionnel. Si les compositions de périodes classique et romantique figurent toujours sur leurs listes, les jeunes pianistes ont une nette tendance à sortir des habituelles « pièces de concours » (Préludes et Fugues de Bach, Sonates de Beethoven et de Mozart, et même des œuvres de Chopin…) et à jouer la carte d’originalité pour mieux affirmer leur personnalité. L’on voit par exemple des sonates de Ginastera, de Medtner, de Soler, des études de Ligeti, des œuvres de Granados, de Szymanowski, de Barber, de Gubaidulina, de Takemitsu, de Say, mais également de compositeurs que l’on croise très rarement : A. Rosenblatt, A. Babadjanyan, P. Dimov, J. Bardanashvili.

Le jury, présidé par Pascal Nemirovski (France, concertiste, professeur et international chair in piano au Birmingham Conservatoire – Birmingham City University ; professeur honoraire à la Royal Academy of Music de Londres) est de taille. On y trouve quatre pianistes concertistes (Marie-Catherine Girod, Ilana Vered, Philippe Cassard et Vladimir Ovchinnikov) ; une productrice et journaliste (Emma Bloxham, BBC) et un agent artistique suisse (Pierig Escher, également directeur de la série de concerts à la Tonhalle de Zurich).

Les cinq meilleurs candidats retenus pour l’épreuve finale ont présenté un récital de 30 minutes, à l’issue de laquelle le jury a attribué le palmarès suivant :

1er prix : Andrzej Wiercinski (23 ans, Pologne)
2e prix : Alexander Gadjiev (24 ans, Italie/Slovénie)
3e prix : Alice Burla (22 ans, Canada)
4e prix : Ana Kipiani (24 ans, Géorgie)
5e prix : Dimitri Malignan (20 ans, France)
Prix du public : Ana Kipiani

Andrzej Wiercinski qui avait déjà remporté le concours national de piano Frédéric Chopin de Varsovie en 2015, se distingue par une grande finesse dans sa virtuosité éblouissante. La Rhapsodie hongroise n° 12 de Liszt frôle la perfection, sur le plan technique, mais marque aussi par la liberté de ses expressions. Dans la 7e Sonate de Prokofiev, c’est surtout sa capacité de renouveler sans cesse ses propos qui fait retenir l’haleine. À la fois dramatique et éclatante, son interprétation fait transparaître la profondeur de sa musicalité doublée de sa connaissance de la partition.

Alexander Gadjiev impressionne par son jeu totalement assimilé à sa personnalité musicale, ses doigts savent par cœur comment produire le son de telle ou telle note, comment exprimer tel ou tel phrasé. Complètement absorbé par la musique, il montre à travers le Poème de Scriabine et la 6e Sonate de Prokofiev sa large palette pianistique, d’un doux lyrisme jusqu’à une puissance belliqueuse.

La Canadienne Alice Burla a de grands avantages : sensibilité, finesse et sonorité chatoyante. La Sonate K. 466 de Scarlatti est infiniment mélancolique mais aucunement larmoyante ; sa Sonate n° 8 de Prokofiev est frénétique, mais admirablement contrôlée.

Anna Kipiani n’est pas inconnue des mélomanes français, le public parisien l’a déjà découverte dans des récitals il y a quelques années. Pour son épreuve finale, elle a présenté le Carnaval de Schumann très contrasté et débordant d’idées.

Enfin, le Français Dimitri Malignan a un talent fascinant mais il est regrettable que son programme (Ballade de Barber, trois valses de Cendrillon de Prokofiev et le 4e Scherzo de Chopin) n’ait pas permis de le montrer pleinement.

Les prestations des candidats au demi-final sont visibles sur la chaîne YouTube du concours. La troisième édition aura lieu au dernier trimestre 2021.

Photo © Concours international de piano Saint-Priest

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