Musique

Agnès Bihl, la générosité sur scène

18 février 2010 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’elle vient de sortir son quatrième album, « Rêve général(e) »  (Branco Music, voir notre article). Agnès Bihl était sur la scène de l’Européen pour quatre concerts exceptionnels. La boîte à sorties a eu la chance d’entendre le denier où la salle bondée s’est levée comme un seul homme pour une standing ovation bien méritée. Agnès Bihl est en tournée au Quebec à la fin du mois de février, mais elle revient en Europe en mars !

Après une première partie romantique assurée par la jolie et talentueuse pianiste d’Agnès Bihl, la blonde charismatique est entrée en scène, dans une robe sur pantalon de cuir qui laissait apercevoir son joli décolleté.

Accompagnée par ses trois musiciens, Bihl a laisser couler sa voix gouailleuse dont les accents rappellent souvent le coupant belge de Brel. Le concert était composé principalement de titre de son dernier album, selon une progression qui allait du plus personnel et anecdotique au plus politique et engagé pour culminer, en un énième rappel, dans le « No Flouze blues » slammé par Bihl a capella. Comme Agnès Bihl a voulu faire plus souriant qu’auparavant avec « Rêve générale(e) », les premières chansons décrivent le parcours du combattant de la célibataire trentenaire : l’amant marié ou se mariant  (« A ton mariage »), les hommes qui ne savent pas ce qu’ils veulent, et les rêves de romance  (« C’est encore loin l’amour? ») pavent son quotidien. Et quand la femme veut se faire prédatrice, elle est souvent découragée : même l’intello aux yeux verts est en dessous de tout, pensant que cunnilingus est un empereur romain.  Du féminisme light à la sex and the city on passe très vite avec Bihl à un vrai engagement politique.

Et l’on jubile lors de sa dénonciation pleine d’humour de l’électeur moyen FN :  celui qui accepte les étrangers mais seulement dans l’équipe de France pendant la coupe du monde, qui trouve que  porter le voile c’est être trop croyant pour être bien catholique, mais qui n’hésite pas à reléguer sa femme à la cuisine (« Quand on voit c’qu’on voit). Et l’on frémit en entendant le plaidoyer d’une petite fille qui demande à son papa dans ses mots de ne plus la violer (« Touche pas à mon corps »).  L’on se sent affreusement honteux de sa propre indifférence à la misère en écoutant le « SDF tango ». Puis l’on entonne avec plaisir « De bouche à Oreille » en ayant un peu l’impression que la solidarité peut encore être révolutionnaire.

Agnès Bihl est une très grande de la chanson. Ses textes sont vraiment très impressionnants : à la fois puissant et extrêmement fin. aie compositrice de chanson réaliste, elle nous plonge dans des petites saynètes qui contiennent des mondes entiers : les contradictions tendres d’une fille de « Treize ans », comme le dernier amour flamboyant de « Mamie cheveux mauves » qui ne s’est toujours pas résigner à renoncer à « remplir d’étoiles / Un corps qui tremble et tomber mort », comme le chantait si justement Brel.D »ailleurs, la « Véro » de Bihl n’est-elle pas une « Jeff » au féminin?

Et puis la générosité naturelle d’Agnès Bihl emplit la salle et l’entendre sur scène est une  grande expérience de sensibilité et d’empathie. Elle donne le maximum à son public et le bouleverse, et l’on sort le sourire aux lèvres en pensant très fort : « Merci madame Bihl, merci pour l’émotion, pour vos batailles, et pour toute cette nostalgie aussi cque vous savez si bien transmettre ». Et c’est encore un peu hébété qu’on tombe sur elle dans le hall de l’Européen. La femme de scène à peine fatiguée malgré les quatre rappels est déjà  prête à  dédicacer ses Cds et rencontrer son public.

Agnès Bihl, « Rêve générale(e) » (Branco Music), sortie le 1er février 2010, 13 euros env.
Titre « De bouches à oreilles » téléchargeable gratuitement en se montrant solidaire avec la lutte contre le réchauffement climatique.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

4 thoughts on “Agnès Bihl, la générosité sur scène”

Commentaire(s)

  • bihl agnes

    Merci beaucoup pour votre article…et des bises,bien sûr!

    février 19, 2010 at 9 h 36 min

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