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Ultra Mono – IDLES

25 septembre 2020 | PAR Pierre Poughon

Enfin, enfin, enfin. Il s’en est passé depuis le 19 mai, et la sortie du premier single, Mr Motivator, d’Ultra Mono, le nouvel opus d’IDLES. On sait exactement à quoi s’en tenir avec ces cinq anglais de Brighton, mais, malgré ça, cet album est une merveille.

Le quintet IDLES est de retour, seulement deux ans après Joy as an Act of Resistance, opus acclamé tant par la critique que par n’importe quel.le adepte de guitares qui font saigner du nez. En effet, ce dernier LP est, comme à leur habitude, un concentré de punk rock politique sombre, toujours saupoudré d’un humour dosé avec justesse (rien qu’à la cover, on s’en doute).

Avec quatre single différents, IDLES aura eu à cœur de gérer l’attente des fans du mieux possible (le 19 mai paraît si loin). Les clips, parlons-en, tous les quatre au style différent, sont à l’image du groupe, tant professionnel qu’amateur, tant humoristique que sérieux. Mr Motivator, premier single, voit son clip réalisé durant le confinement (comme 620463543176374136 autres) avec l’aide de leur fans, Grounds paraît réfléchi, pro, A Hymn touche la corde sensible par sa simplicité, et, pour finir, Model Village, concentre la dose d’humour et la parfaite traduction du message du son en question, tout ça dirigé par Michel Gondry (propre).

Avec au compteur déjà deux albums aux succès monstres (Brutalism , 2017 et Joy as an Act of Resistance, 2018), des tournées à n’en plus pouvoir (dont un passage au Bataclan, on y était, et il est disponible sur Youtube) le quintet de Brighton n’a plus rien à prouver. Leur punk rock, d’une simplicité insolente, résonne de part la justesse de ses paroles poussées par des riffs rageurs, une batterie éclatante et une basse massive.

Déjà, rares sont les groupes qui aujourd’hui font montre d’une critique aussi acerbe de leur environnement. Propulsés, criés, clamés par une voix au charisme toujours aussi impressionnant (Joe Talbot, cet homme incroyable), chaque ligne est une attaque parfois directe (dans Anxiety : « Our government hates the poor/Cold leaders, cold class war/Keeping drugs you can’t afford/So the poor can’t buy the cure), ou Model Village, critique cinglante de la société. Bien sûr, d’autres sujets contemporains trouvent leur place, Ne Touche Pas Moi se concentre sur le consentement, Anxiety sur .. l’anxiété (autant faire simple), War est une hymne anti-guerre (oui, oui, promis). Bref, faire l’inventaire de chacun des combats d’IDLES serait une tâche bien trop redondante, concentrons-nous sur l’album.

À la première écoute, ce qui frappe est l’incessante dose d’énergie. En effet, de très rares et succinctes pauses sont accordées à qui se risquerait à appuyer sur play. La batterie (gigantesque dans War, opener tonitruant) est omniprésente. Les guitares, surdosées aux pédales d’effets, confèrent presque le sentiment d’oppression (The Lover), tant leur ton est brutal, dur, comme une droite en plein visage, soutenus par une basse toujours aussi massive (Reigns par exemple). Les riffs, simples, mais si simples (Danke, Model Village.., en vrai, tout l’album), sont d’une efficacité improbable. On dirait un album des Strokes (au début, par leur come-back sponso par leurs agios) sous coke. Une seule chanson calme vient troubler l’écrasant son de l’album. A Hymn, troisième single au clip mignonnet, est une pause nécessaire et si touchante après plus d’une demi-heure de violence, et précède la dernière chanson de l’album, Danke, dans la même veine que le reste de l’opus. Malgré leurs airs sérieux, IDLES s’adonne assez fréquemment à des passes d’humour. Littéralement, toute la chanson Mr. Motivator est basée sur ce procédé, encore faut-il en comprendre toutes les références.

Après plusieurs écoutes, l’album est complet, mais tend seulement à n’explorer qu’une veine du son d’IDLES, sa partie la plus punk, la plus noire. Certes, le quintet n’est pas connu pour l’expérimentation, mais il n’empêche que le précédent opus voyait dans ses rangs une tendance vers d’autres sons, toujours aussi rageux, mais plus clairs, plus joyeux. Cependant, tout.e fan de l’univers du groupe, ou du punk, trouvera son compte. IDLES est, de très loin, un des groupes les plus importants du moment, tant par leur son que par leurs combats, malheureusement trop peu abordés dans l’univers de la musique. 

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Pierre Poughon

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