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Roukiata Ouedraogo, rencontre avec un des visages de la rentrée

Roukiata Ouedraogo, rencontre avec un des visages de la rentrée

18 septembre 2020 | PAR Marine Stisi

Depuis avril 2017, les auditeurs de France Inter connaissent son timbre mélodieux et son rire communicatif. Avec son premier livre qui paraît dans le cadre de la rentrée littéraire des Editions Slatkine & Cie, Du miel sous les galettes, et la reprise de sa chronique humoristique sur France Inter au micro de Par Jupiter !, la comédienne Roukiata Ouedraogo est l’un des visages de cette rentrée pas comme les autres. Rencontre avec une artiste qui utilise tous les médiums pour raconter son histoire. 

Propos recueillis par Marine Stisi.

Marine Stisi : Votre mode de parole a pendant longtemps été la scène, puis la radio, vous prenez aujourd’hui la parole par écrit en publiant votre premier livre. Quelle est l’histoire derrière ce premier ouvrage ?
Roukiata Ouedraogo : Je ne suis pas une grande lectrice, quand j’étais enfant il n’y avait pas de bibliothèque à la maison. La culture littéraire n’y était pas particulièrement valorisée. En revanche, j’ai toujours eu la passion de l’écriture. Dès l’époque scolaire, j’adorais les dissertations. J’adorais raconter des histoires. Après ma formation théâtrale au Cours Florent, j’ai d’emblée écrit mes propres spectacles plutôt que de monter les textes d’autres auteurs. J’ai aussi participé à des festivals d’humour et appris à écrire des sketchs, des séquences courtes de 10 ou 15 minutes. Enfin, France inter m’a donné l’occasion de travailler sur le format très court de la chronique où tout doit être dit en trois minutes. J’avais donc le goût de l’écriture et l’expérience de différents formats quand la maison d’édition Slatkine & Cie est venue me proposer d’écrire un livre. Pour moi, développer une histoire sur plus de 200 pages était un défi. J’aime les défis. Au départ la proposition de l’éditeur portait sur une autobiographie. Mais j’ai préféré raconter sur le mode romanesque une aventure qui est arrivée à ma famille dont ma mère est le personnage principal.
Pourquoi raconter le combat de ma mère ? Le courage féminin me fascine toujours. Il est moins mis en scène sous une forme héroïque que le courage masculin. Il est plus terre-à-terre, plus quotidien. Il n’est pas le courage épique des grandes aventures comme celles de Tartarin de Tarascon ou du baron de Munchahausen. Le courage féminin est le courage laborieux de tous les jours, celui de l’obstination et de l’abnégation indispensables pour porter un foyer, nourrir et élever des enfants. À travers ma mère, c’est à toutes les femmes que j’ai voulu rendre hommage.

MS : Et ce premier livre vous a-t-il donné l’envie d’en écrire d’autres ?
RO : Oui, bien sûr ! Plein, plein !

MS : La différence entre la petite fille née au Burkina Faso et la femme que vous êtes aujourd’hui est un de vos sujets de prédilection. Vous parlez beaucoup du chemin qui vous a amené jusqu’où vous êtes aujourd’hui, de la culture de votre enfance versus la culture dans laquelle vous baignez aujourd’hui. Quels étaient vos rêves d’enfant ? Avez-vous la sensation d’en avoir accompli certains ?
RO : Enfant, j’avais plein de rêves. J’avais toujours la tête dans les nuages. Je voulais avoir une baguette magique et sauver le monde, transformer les méchants en gentils. Mais en même temps, j’avais toujours les pieds sur terre, car je savais que c’était à moi de fabriquer et de construire mes rêves, je savais déjà que les choses ne seraient pas faciles. Bien-sûr qu’aujourd’hui j’ai la sensation d’avoir posé des choses, mais il en reste plein. Cependant, je ne suis pas du tout mécontente de ce qui a été fait car je viens de loin.

MS : Vous avez été Marraine de la Journée de la Francophonie en 2019. Qu’est-ce que cela représentait pour vous ?
RO : L’invitation de l’OIF à être marraine fut un immense honneur. Car pour moi, le mot francophonie signifie union, communion. Partage de valeurs peut-être, partage de destins sûrement. La francophonie permet de rassembler et aussi de transmettre. La francophonie est un pont aux multiples directions qui permet à des gens très différents de se retrouver dans un même espace linguistique, qui est aussi un espace culturel, un espace de réflexion un espace d’échange et de désirs.

MS : Vous n’hésitez pas à confier et à votre public et à vos lecteurs des parts très sombres et douloureuses de votre histoire personnelle, notamment votre excision, dont l’évocation clôt votre livre. Quand et comment avez-vous décidé de partager ce vécu ? Comment votre histoire est-elle reçue ?
RO : Concernant l’excision j’en parlais déjà dans mon spectacle. J’ai décidé d’aborder ce sujet il y a 3 ans. J’ai beaucoup tourné autour de la question, comment l’aborder sur scène sans être moralisatrice, sans tomber dans le pathos. Finalement, j’ai réussi à trouver la forme adéquate grâce à un travail collectif avec mon co-auteur, Stéphane Eliard et aussi à notre collaborateur artistique Ali Bougheraba. Il fallait trouver le bon dosage entre humour, émotion, provocation. Sensibiliser les gens, d’une autre façon que les discours nécessaires mais formatés de la communication institutionnelle des ministères, des ONG, c’est ma façon de lutter contre cette abomination. Et le message est plutôt bien accueille par le public.

MS : Cela va faire deux ans que les auditeurs de France Inter peuvent écouter vos chroniques, vous reprenez en cette rentrée le micro dans Par Jupiter !. Cette chronique est un espace privilégier pour aborder avec humour des problèmes sociétaux et mondiaux tels que le réchauffement climatique ou les différences sociales. Autant de sujets que vous confrontez à la réalité de l’Afrique, du Burkina Faso etc. Qu’est-ce que cet exercice vous apprend ?
RO : Effectivement, depuis 2017, j’ai intégré l’équipe menée par Charline Vanhoenacker et Alex Vizoreck sur France inter. Écrire des chroniques me permet de rester connecter à l’actualité, de lire beaucoup, je fais des recherches sur les différents sujets sur lesquels que je souhaite écrire des chroniques. Cela me permet aussi, comme je l’ai dit plus haut de me confronter à un exercice d’écriture particulier où non seulement tout doit être dit en trois minutes. Écrire devient alors souvent effacer, dégraisser, alléger, jusqu’à ne retenir que la forme la plus percutante du propos.

MS : Vous retrouvez très bientôt le chemin des théâtres, avec une grande tournée qui passera par de nombreuses villes de France. Comment vous appréhendez ce retour après des mois d’arrêt pour tout un secteur ?
RO : Je ne suis pas inquiète pour le retour à la scène après de long mois d’absence. Au contraire, j’ai faim ! Mais j’espère vivement qu’on pourra jouer, que le public sera au rendez-vous et que les dates seront maintenues. La Covid 19 fait planer sur toute entreprise un fort degré d’incertitude et la culture en pâtit sévèrement.

MS : Nous vivons tous une rentrée très particulière. Quels sont vos remèdes à la mélancolie, à la mauvaise humeur, à l’anxiété ?
RO : Le rire ! L’humour est précisément le mode de communication le plus adapté aux circonstances car il aide à mettre de la distance entre soi et les côtés les plus pénibles de l’existence.

Aller plus loin :
Du miel sous les galettes, Editions Slatkine & Cie, 270 pages, 17€.
La chronique de Roukiata Ouedraogo, France Inter

 

La sélection du prix Fémina 2020
Dans la dream machine de Barbara Carlotti et Prieur de la Marne à la Maison de la Poesie
Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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