Classique
Monteverdi à Memphis à la Seine Musicale: Jean-Christophe Spinosi ou le mariage réussi du blues et du baroque

Monteverdi à Memphis à la Seine Musicale: Jean-Christophe Spinosi ou le mariage réussi du blues et du baroque

16 octobre 2020 | PAR Lise Lefebvre

Concert singulier, par son format adapté au contexte actuel, Monteverdi à Memphis a osé l’alliance entre des musiques du XVIIe et du XVIIIe et des chansons de BB King ou de John Lennon. Il redit aussi l’importance de tels échanges et partages, surtout par les temps qui courent.

C’est le premier concert, dans cette salle immense qu’est la Grande Seine, depuis mars 2020, et ce, au lendemain de l’annonce du couvre-feu mis en place à partir du samedi 17. Autant dire que les circonstances de ce concert, déjà atypique en soi, sont très particulières. Lui-même s’inscrit dans le programme Classic chills, une série de spectacles qui, tirant parti des contraintes sanitaires, propose des formats, des lieux, et/ou des programmations inhabituelles. Pour Monteverdi à Memphis, la distinction entre salle et scène se trouve abolie, les transats où prennent place les spectateurs sont disposés en cercle autour de l’espace consacré aux musiciens.

Comme on le découvre vite, les airs sacrés et profanes de Monteverdi alternent avec des blues (pour la plupart, des hits de BB King), mais la proposition de l’ensemble Matheus ne se limite pas à cela. En effet, les deux genres, a priori diamétralement opposés, s’interpénètrent, grâce à des arrangements subtils ; une audace qui permet, par exemple, de donner un Lamento della Ninfa sur un rythme swing, avec pizzicati de contrebasse et batterie discrète. Et il y a la grâce d’interprètes dont les horizons divers se mélangent, tous habités par le bonheur et l’urgence de faire de la musique, ici, maintenant. Le plaisir est heureusement contagieux, à l’image du chef et violoniste Jean-Christophe Spinosi, qu’on a vu sauter sur place tout en faisant pleurer son instrument sur les rythmes blues. On retiendra aussi, et surtout, la voix pure et limpide d’Emilie-Rose Bry, soprano autant à l’aise dans le Couronnement de Poppée que dans Summertime, et la performance du jeune ténor Ismaïl El Mechrafi, ahurissante d’aisance, d’implication et d’émotion ravageuse.

Un vrai bonheur de concert, donc, qui donne grande envie de découvrir le reste de la programmation.

Classic chills, jusqu’au 10 décembre. Programmation et réservations ici

Crédit visuel: © Jean-Baptiste Millot

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Lise Lefebvre

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