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Rentrée littéraire : Sylvie Germain, L’inaperçu

16 juillet 2008 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure de « Magnus » (Albin Michel, prix Goncourt des lycéens 2005) continue d’ausculter dans les interstices d’une apparente vie banale les méandres de la psychologie humaine. Roman familial, « L’inaperçu » scrute sur plusieurs années le devenir des proches d’un homme mort dans un accident de voiture.

L’intrigue commence à la veille de Noël 1967. La belle et froide Sabine Berynx, veuve depuis peu, fait ses courses pour le Noël de ses enfants. Parmi eux, la petite Marie est la plus fragile. Elle était dans la voiture le jour où son père s’est rué tué dans l’accident. Elle y a perdu une jambe et depuis, elle rêve de devenir un arbre. La mère et les enfants rencontrent un père Noël pas comme les autres, Pierre, qui sera pendant des années un vrai ami, et le meilleur collaborateur de Sabine pour reprendre l’entreprise dont son mari lui a laissé les rennes en mourrant. Jusqu’au jour, des années plus tard, où le père du défunt et patriarche de la famille Bérynx crache au visage de celui qu’il prend pour l’amant illégitime de sa belle-fille. Le roc Pierre plie alors et se rompt.

Sous la plume de Sylvie Germain, la famille Berynx livre sa ronde de personnages très français et a priori anodins : la petite fille qui s’invente des amies imaginaires, le gentil paumé qui se trouve une raison de vivre, la veuve froide et parfaite, la tante incestueuse etc… Mais l’auteure sait donner assez de relief à chacun pour sortir des archétypes. Avec finesse et sans concession, elle déplie ses personnages comme des nappes fragiles cousues main, où elle souffle son style précis et incisif. Les rebondissements ne sont pas nécessaires pour rendre ce roman familial intéressant. Chacun porte déjà en lui la marque de son devenir, qu’elle soit fêlure ou germe. Et Sylvie Germain mène jusqu’à son terme chacune des psychologies qu’elle a entrepris de décrire. Une belle leçon de style, d’opiniâtreté et de perspicacité.

Sylvie Germain, « L’inaperçu », Albin Michel, 19 euros.

« L’instantané ! Ce mot qui lui est venu à l’esprit y fait soudain la pause, il sonne drôlement, se dit-elle, et elle le décompose mentalement : in-stant-ané. Elle appelle à la rescousse ses bribes de souvenirs des leçons le latin de l’époque où elle était collégienne, et recommence sa dissection : préfixe in– dans, parmi, en, sur ; verbe stare, status– se tenir debout. Mais qu’est-ce qui ce tient debout ?, et sur, ou, dans quoi ? Une miette de temps solidifiée luisant sur le cours du temps comme un grain de mica dans une nuée de poussières ? L’instant : la grâce d’un funambule décrivant une arabesque sur son fil tendu au-dessus d’un abîme » p. 45-46.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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