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Raphaëlle Bacqué signe un portrait posthume de Richard Descoing

Raphaëlle Bacqué signe un portrait posthume de Richard Descoing

08 mai 2015 | PAR Jean-Paul Fourmont

Raphaëlle Bacqué, grand reporter au journal « le monde », publie un portrait de l’ancien directeur de l’IEP de Paris, Richard Descoing dit Ricci, disparu dans des conditions tragiques.

LE GOUROU DE L’IEP DE PARIS
Richie, c’est le surnom de l’ancien directeur de l’IEP, de Paris.
Ses étudiants, le surnommaient, ainsi, scandant ce prénom, brandissant sa photo, comme s’il s’agissait d’une rock star ou d’un gourou.
Le soir de sa mort mystérieuse dans un hôtel de New York, une foule de jeunes gens, se retrouva une bougie à la main, devant le temple de la nomenklatura française, l’IEP de Paris.
Quelques jours plus tard, le visage mélancolique de Richard Descoings couvrait la façade de l’église Saint Sulpice.
Sur le parvis, politiques, grands patrons et professeurs défilèrent silencieusement, comme si l’on enterrait un roi secret.
Au premier rang, l’épouse et le compagnon pleurèrent ensemble sa disparition.

UN AMATEUR DE TRANSGRESSION
L’auteur décrit l’ascension vertigineuse au cœur de la vie politique française d’un fils de bonne famille, amateur de transgression.
Il a fait de l’IEP de Paris, le vivier de tous les pouvoirs.
Distribuant à l’élite des cours rémunérés, faisant de son conseil d’administration, une pièce maîtresse de l’échiquier politique.
Il était le monarque omnipotent.
L’auteur nous entraîne sur ses pas, dans les boîtes du marais (haut lieu de l’homosexualité), les cabinets ministériels de la gauche et les salons sarkosistes, les soirées étudiantes déjantées, les bureaux du Conseil d’État, les couloirs de la Cour des comptes, dans ses nuits solitaires réchauffées par des substances interdites.

DAEMON EST DEUS INVERSUS (DIEU ET DIABLE)
L’auteur reprend les propos d’un professeur de l’IEP, aux obsèques de Richard Descoings :
« Daemon est deus inversus » (p12).
Richard Descoings est dieu et diable, démon ou diable, ce sont les deux visages d’une même âme.
L’auteur évoque les réflexions de Richard Descoings, qui claironnait :
« Pour être innovant, il faut être déviant « (p167).
Sa connivence, ou sa faiblesse, envers Strauss Kahn , où Olivier Duhamel conseille de lui donner des cours rémunérés (« Achetons le a la baisse et s’il devient président de la République un jour, cela sera formidable «) (p197).
Cela permet de comprendre, la mansuétude d’Olivier Duhamel, envers, Dominique Strauss Kahn…
UN VOYAGE DANS LA HAUTE SPHÈRE GAY DU POUVOIR
L’ouvrage nous emmène, dans les hautes sphères « Gay » du pouvoir.
Comme le dit l’auteur » C’est follement gay, terriblement mondain et somptueusement décadent »
L’auteur évoque la galaxie « gay » du pouvoir, qui surnomme le quai d’Orsay (le gay d’Orsay), ou le Conseil d’État (le conseil des tatas) (p29).

L’auteur réussit, le tour de force, de décrire, certains aspects et mœurs obscurs du pouvoir en
France, sans acrimonie.
Au crédit de Richard Descoings, on peut souligner, qu’il a essayé de démocratiser, l’IEP de Paris.
Par contre, il y a l’aspect financier de l’IEP de Paris, il faut rappeler que la Cour des comptes a décidé de saisir la cour de discipline budgétaire et financière, pour sanctionner, cette gestion.
Tout ceci n’est guère reluisant, avec les primes qu’il s’est octroyées et les purges qu’il a faites régulièrement, parmi ses dauphins ou concurrents potentiels, à la direction de l’IEP.
On peut également regretter, l’absence de concertation, et de collaboration, avec les autres IEP de Province.
Il s’est comporté, comme un Jacobin strict, il y a Paris, rien que Paris.
Ce livre aurait pu avoir, comme titre : » le rouge et le noir «, ou « le bien ou le mal », ou encore « Docteur Jekyll et Mister Hyde «, en référence à la courte nouvelle de l’écrivain Robert Louis Stevenson.

« Nous arriverons un jour aux portes du royaume de Dieu…
Notre vie est déjà pleine de morts, et pour chacun le plus mort des morts est le petit garçon qu’il fut.
Et pourtant l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre entrera le premier dans la maison du père «.
Georges Bernanos Les Grands Cimetières sous la lune

Richie, Raphaëlle Bacqué, éditions grasset, avril 2015,288 Pages, 18 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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