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Une vie de poupée d’Erik Axl Sund : Deux adolescentes dans un monde de pervers

Une vie de poupée d’Erik Axl Sund : Deux adolescentes dans un monde de pervers

21 avril 2021 | PAR La Rédaction

Depuis une dizaine d’années, Erik Axl Sund se sont invités aux agapes des anciens du polar scandinave. Avec Une vie de poupée paru chez Actes Sud en janvier dernier, ils siègent à la table d’honneur. Porté par un style percutant, nous suivons le parcours de deux adolescentes de 16 ans, qui luttent pour survivre dans un milieu où le mal est la norme. La vie de poupée n’est pas la leur.

Par Bernard Massoubre

De Boko Haram aux prédateurs du net

Nova et Mercy sont deux amies, placées dans un foyer de jeunes filles dont elles s’échappent. Elles sont alors activement recherchées. Ce sont deux adolescentes paumées, et pour cause. Mercy a fui le Nigéria, après avoir été agressée violemment par Boko Haram (c’est un pléonasme).
Kevin Jonsson, détective solitaire aussi brillant qu’original, est chargé d’enquêter sur une affaire de prostitution et de pédocriminalité sur le net. Il traque celui qui se fait appeler Le Marionnettiste. Les investigations du policier l’amènent à croiser le chemin, tortueux et torturé, de Nova et Mercy. Mais le passé est-il pire que le présent ?

Un joyau du polar scandinave

Arik Axl Sund est un duo d’écrivains suédois. Jerker Eriksson est né en 1974. Il est le producteur d’un groupe électro-punk. Il a été bibliothécaire de prison et directeur d’entrepôt. Håkan Axlander Sundquist est né en 1965. Il est musicien et artiste. Actes Sud a publié une première trilogie de ces auteurs. Après le Corps de verre, Une vie de poupée est le second volet d’une nouvelle trilogie.

L’intérêt du roman est triple : la qualité de l’écriture, la description du monde de la pédocriminalité et la noirceur des âmes.

Un style irrésistible

On se laisse glisser dans Une vie de poupée de Arik Axl Sund car l’écriture est vive, efficace et limpide. Honneur aussi au traducteur.
L’acuité du style nous aide à partager les turpitudes de Nova et Mercy. Le lecteur prend fait et cause pour les deux jeunes femmes, quelles que soient les circonstances.

Un polar documenté sur les réseaux pédophiles

Le style importe d’autant plus que le sujet est grave. La plongée dans le monde de la pédopornographie sur internet est instructive. Les auteurs décrivent l’aspect technique des réseaux avec leurs sites et leurs rituels. La psychologie du Marionnettiste est finement dévoilée. Nous comprenons à quel point, et comment, ce prédateur fait des dégâts sur des jeunes filles, tout juste sorties de l’enfance. Le combat qu’elles mènent est-il perdu d’avance ?

Un fleuron du polar noir scandinave

Le contraste opérant entre le style clair et le sujet si sombre, fait de « Une vie de poupée » un fleuron de son genre : il est noir. Il est sombre et lugubre. Les deux gamines ne connaissent que le côté sordide et dégueulasse des adultes. La technique de chasse sur les réseaux est bien décrite : le prédateur séduit, enserre et tue sa proie. Le Marionnettiste est un pervers sexuel, intelligent comme le plus souvent. Sur les réseaux sociaux, il se montre charmeur et attentif. Car il sait par expérience qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Affaibli par le monde d’où elles viennent, Nova et Mercy se débattent dans un monde glauque. Leur violence n’est qu’une faible réponse aux violeurs. Leur cruauté est peu de choses. Les jeunes femmes se battent avec leurs armes, celles de la haine et du désespoir.

La qualité du style de Arik Axl Sund accentue la description d’une société dans laquelle l’horreur s’est substituée aux valeurs. Les deux auteurs apportent un sang neuf dans l’univers du polar scandinave.
Avec brio, ils nous accompagnent dans le monde de la pédocriminalité, et dans les méandres de la nature humaine. Sans l’aide du détective Jonsson, Nova et Mercy seraient bien seules au milieu de cette cette faune.
Mais Une vie de poupée est aussi un roman d’amitié. Une lueur dans une longue nuit.

Erik Axl Sund, Une vie de poupée, Actes noirs, 416 p., Janvier 2021, 23 euros.
visuel : couverture du livre

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