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Les falsificateurs (suivi de) Les éclaireurs d’Antoine Bello en coffret chez Folio: Une saga au scénario implacable

Les falsificateurs (suivi de) Les éclaireurs d’Antoine Bello en coffret chez Folio: Une saga au scénario implacable

28 mars 2013 | PAR Alice Dubois

Arrière-petit neveu de Marcel Aymé, businessman accompli, multimillionnaire et auteur à succès, Antoine Bello n’est pas un écrivain ordinaire. Partageant sa vie entre sa carrière d’homme d’affaire et celle d’écrivain non moins fructueuse, ce trentenaire doué est le symbole parfait de la réussite à l’américaine. Installé dans une banlieue chic de New York depuis 2002, ce franco-américain que certains ont qualifié de « Donald Trump des lettres françaises » a su concilier son amour de la littérature avec ses envies d’entrepreneur talentueux. C’est en 1996 qu’il publie son premier livre, Les funambules, un recueil de nouvelles. Deux ans plus tard, il enchaine avec Eloge de la pièce manquante, un roman policier très original qui lui vaut les bons mots de la critique. En 2007, il sort le premier volet d’une saga très ambitieuse, Les Falsificateurs, suivi en 2009 du deuxième volume Les Eclaireurs qui lui fait décrocher le prix France Culture- Télérama. Cette année, les éditions Folio ressortent la saga en coffret. L’occasion pour ceux qui ne connaissent pas encore de découvrir deux romans palpitants aux scénarios sans faille.

 

Dans le premier volet, nous découvrons le jeune Sliv Dartunghuver, islandais de 23 ans et géographe de formation qui vient de décrocher son premier emploi dans un cabinet environnemental à Reykjavik. Alors qu’il croit débuter sa carrière comme chef de projet, Gunnar Ericksson, son supérieur hiérarchique, lui propose un poste bien plus exaltant : devenir agent du CFR, le Consortium de Falsification du Réel. Organisation secrète internationale, le CRF a pour but d’influer sur la grande Histoire en falsifiant la réalité, passée, présente ou future. Leurs armes? L’imagination et l’intelligence dont les agents doivent faire preuve pour élaborer leurs scénarios parfois très audacieux. Les falsificateurs ont pour tâche de modifier ou de créer ce que le CRF appelle des « sources de référence ». Des graphiques de l’OMS  aux chiffres des rapports de la CIA, rien n’est inaccessible pour ces hommes et ces femmes qui vouent leur vie au CRF. Elevant la falsification au rang d’art majeur et infiltrés dans les plus hautes sphères, les membres de l’organisation ont un pouvoir incommensurable. Implanté partout dans le monde et aidé notamment pas le fameux bureau des Légendes, le CRF semble intouchable. Faire apparaître une nouvelle espèce de poisson dans les eaux du Pacifique? Changer le destin tragique des Bochimans en cause humanitaire internationale? Inventer un nouvel auteur romantique jamais découvert ou réécrire l’oeuvre d’Alexandre Dumas? Tout est possible.

Attiré par la soif de reconnaissance, l’ambition et surtout l’amour du jeu, Sliv ne résistera pas. Son premier dossier à la hauteur de son imagination lui vaudra l’honneur de recevoir le Grand prix du premier dossier. La vie palpitante qui s’offre à lui va alors lui faire oublier l’essentiel. Quelle est la finalité du CRF? Par qui est-elle dirigée? Dépassé par les événements et réalisant que tout cela est loin d’être un jeu pour scénaristes chevronnés, Sliv va se retrouver face à lui-même et à ses propres contradictions.

Dans Les éclaireurs, nous retrouvons Sliv après son passage remarqué à l’Académie du CRF. Il a alors 30 ans et vient de donner 7 ans de sa vie à une organisation dont il ne connait même pas les dirigeants. Sortant en tête de sa promotion, il choisit pour nouveau terrain de jeu le département des Opérations Spéciales, dirigé par le très charismatique Yakoub Khoyoulfaz. Le département a pour but de corriger les erreurs des scénaristes et falsificateurs qui mettent en péril l’existence du CRF. Sliv y fait une carrière fulgurante allant même jusqu’à débloquer, par son intervention, l’accès des membres du CRF aux Nations-Unies. « J’étais devenu une machine à produire des scénarios. Ce que j’ignorais, je l’inventais, sans effort et, curieusement, sans jamais craindre d’être pris en défaut. (…) Mes employeurs souhaitaient l’admission du Timor aux Nations Unies ; j’entendais fermement la leur livrer sur un plateau d’argent. »

Alors que ses dossiers font cas d’école, qu’il est sur le point de découvrir qui sont les membres mystérieux qui siègent au COMEX (la plus haute instance du CRF), la situation internationale va, ce 11 septembre 2001, faire oublier à Sliv ses premières ambitions.

A la suite des attaques terroristes revendiquées par Al-Qaïda, l’administration Bush s’apprête à attaquer l’Irak en représailles. Mais tout porte à croire que Saddam Hussein ne possède pas d’armes de destruction massive. Les agents du CRF épluchent les dossiers, rapports et documents secrets : rien. Ou presque. Il semblerait qu’un infiltré essaye de faire croire le contraire. Mais qui ? Le CRF a-t-il une brebis galeuse ? Qui pourrait souhaiter la déclaration de guerre ? Dans un contexte international où tout peut basculer, l’agent spécial va tenter de comprendre quel est le rôle joué par le CRF dans la naissance d’Al-Qaïda. Allant de révélation en révélation, Sliv devra encaisser et prendre une décision radicale pour lui et pour ses amis: Faut-il dissoudre le CRF?

Antoine Bello signe ici une saga audacieuse et très bien ficelée sur le pouvoir de la fiction. Au delà des considérations philosophiques de l’individu face à ses propres croyances, l’auteur nous raconte l’histoire du monde en ce début de XXIème siècle. Alors que Les falsificateurs est un thriller qui nous interroge sur la représentation du monde et sur le pouvoir des mots, Les éclaireurs est un ouvrage axé sur l’histoire des Etats-Unis. Selon l’auteur: « L’élection de Bush et la guerre en Irak sont deux des plus grandes falsifications de l’Histoire. » S’indignant de la passivité du peuple américain lors de ces événements, Antoine Bello porte un regard implacable sur l’histoire de cette grande nation. Se considérant lui-même comme « citoyen du monde », il s’explique: « C’est d’ailleurs pour cela que mon personnage est islandais : il possède un regard neuf car c’est celui d’un petit pays qui découvre le monde, sans parti pris idéologique. C’est ce que nous devrions tous faire. Nous devrions tous être islandais. » (Interview d’Antoine Bello – Journal France-Amérique – mai 2009).

Les falsificateurs (suivi de) Les éclaireurs par Antoine Bello. Coffret Editions Folio. Parution 31 janvier 2013. 1088p. Prix: 16,05 €

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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