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Le silence est d’or, de Yonatan Sagiv : une pépite du même métal

Le silence est d’or, de Yonatan Sagiv : une pépite du même métal

15 novembre 2022 | PAR Bernard Massoubre

Yonatan Sagiv, journaliste et écrivain israélien, nous régale avec Le silence est d’or, son second polar édité aux éditions l’Antilope.

Le titre

Il est tiré d’une phrase du roman : « Le silence est d’or, voilà le leitmotiv d’une longue union conjugale. » En effet, avoir son jardin secret dans un couple est indispensable pour pérenniser la relation. Mais dans le livre de Yonatan Sagiv, le sens est autre. La vie des personnages y est faite de non-dits, de haine et de rancœur qui justifieront l’issue du livre.

L’intrigue

L‘action se passe à l’EHPAD Quiétude de Tel-Aviv. Nouki Feïn, femme excentrique, ancienne vice-reine du concours de beauté de la cave viticole de Zikhron Yaacov, a perdu son chat Samuel. Elle demande à son petit-fils Oded Hefer, détective privé dit La fouine, de le retrouver. Et, pour avoir la paix, ce dernier prend sa grand-mère comme partenaire.

Mais l’affaire se complique car Oded doit enquêter sur  trois meurtres violents. Le suspect est un arabe (un Palestinien citoyen d’Israël), auxiliaire de vie dans l’établissement médicalisé. Du coup, Samuel (le chat) n’est plus la priorité.

L’histoire douloureuse

Deux événements fondent le récit autour de la douleur.

Le premier est l’utilisation médicale du THC dans les maladies dégénératives. L’État d’Israël encourage, depuis une dizaine d’années, l’usage du cannabis (et de son principe actif) comme antalgique. 

Le second est une douleur sourde portée par les combattants de la guerre d’indépendance à Safsaf : l’opération Hiram. Les exactions de ce fait d’armes non digéré ont traumatisé les soldats et le pays. C’est pour cela que cet épisode sombre est le fil rouge du roman.

Les clins d’œil avérés ou non

Dans la série Colombo, l’assassin est identifié dès le début. Ici, dès le milieu du roman, La fouine annonce la couleur : « Je sais maintenant qui a tué Reuven Shalev et Gabriel Elbaz. » Néanmoins, l’intuition d’Oded Hefer sera-t-elle la bonne ?

L’élimination de trois hommes en une semaine, en milieu clos, nous rappelle aussi Les Dix petits nègres d’Agatha Christie. L’ambiance est pesante et on se demande qui sera le prochain sur la liste.

Mais Oded Hefer renvoie surtout à Nestor Burma de Léo Malet, le genre de détective privé, insolent, gouailleur qui ne se soucie pas des procédures de la police officielle.

L’humour

C’est encore l’humour de Léo Malet que l’on retrouve dans Le silence est d’or. Le même détachement du privé avec les contingences de la vie ordinaire, et avec une pointe de cynisme en plus.

Le détective est homosexuel, au grand désespoir de sa grand-mère. Mais il assume ses préférences sans fausse honte. Pour brouiller le message, il parle de lui dans le livre au masculin et au féminin. C’est un peu déroutant au début.

Un seul exemple avec la voiture d’Oded : « Je pousse un soupir et ramasse les clés de la Pouliche. Il n’y a rien de tel que de conduire à Tel-Aviv un vendredi soir, avec tous les ploucs de Holon, Bat Yam ou Rishon LeZion, pour mettre une vraie femme hors d’elle. »

Une information importante en guise de fin

Le chat, qui s’appelle Tom et pas Samuel, n’était pas celui de la grand-mère de La fouine.

Le silence est d’or est un roman policier qui se lit avec plaisir, le sourire aux lèvres malgré l’ambiance noire. L’écriture est limpide, le style est léger et l’intrigue est bonne. 

Le silence est d’or de Yonatan Sagiv. Éditions l’Antilope. 431 pages. 22€.

 

Visuel : © couverture du livre

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Bernard Massoubre

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