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Le plan de Fabrice Rose : les épines de la vengeance

Le plan de Fabrice Rose : les épines de la vengeance

27 juillet 2022 | PAR Bernard Massoubre

Avec Le plan, Fabrice Rose livre un roman qui est sombre sans être désespéré, le second après Tel père telle fille. C’est cash comme la vie d’un truand en cavale.

Le polar du taulard

Pour Fabrice Rose, les braquos c’est du vécu de l’intérieur. En effet, cet Auvergnat originaire de l’Allier a connu les arrestations au rythme des évasions. Les 25 ans de mitard lui ont donné une légitimité certaine.

Il est dans la mouvance d’Auguste le Breton sans l’argot des rues qui séduit tant les bien-pensants. Le livre est subtil et intelligent. Et, bien que Fabrice Rose n’ait pas chauffé les bancs des amphithéâtres de Normale Sup’,  le style est de qualité.

D’ailleurs, l’auteur a commencé d’une façon originale. « C’est parti d’un mitard, où j’avais quelques bouquins et les pages arrachées. Et en lisant Pylône de Faulkner, il manquait une trentaine de pages, donc je me suis attaqué à ça en essayant d’écrire les pages absentes et j’ai trouvé le plaisir d’écrire ».

Noir c’est noir

Telle est l’ambiance de ce polar à deux voies. C’est d’abord l’histoire de Marc Man, braqueur de haut vol, qui élabore un stratagème pour venger sa fille. L’intrigue est bien ficelée.

C’est aussi une incursion dans la realpolitik. Fabrice Rose, lecteur assidu du Monde Diplomatique, décrit la vie à Paris du rejeton sanguinaire et barbare d’un dictateur africain. Le but de Marc Man est de faire souffrir le dégénéré et de faire chanter son père. « Quand certains pays occidentaux font des affaires avec des dictateurs, je me dis : où est la morale ? Alors, oui, je suis un homme en colère ».

Pas d’orchidées pour Mister Rose

Il ne s’agit pas ici d’idéaliser la vie d’un truand ni de la fantasmer. Dans les années 70, Fabrice Rose a commencé à braquer des banques avec des copains motards puis, en purgeant sa peine, il a payé sa dette à la société. Fin de partie.

En fait, il s’agit simplement de mettre en exergue la qualité littéraire de ce livre et de saluer une époque révolue, celle des « beaux mecs ». C’était le temps où les gangsters étaient des hommes d’honneur, celui des « voyous à l’ancienne qui ont des valeurs, des gens qui ne laissent pas tomber un ami et qui, en cas de coup dur, ne pleurent pas parce qu’ils assument leurs actes ». C’était le temps du respect mutuel entre les gendarmes et les voleurs : « moi j’ai eu la chance de rencontrer des grands flics. Les flics n’ont jamais été mes ennemis ».

Le plan est un roman à mettre entre toutes les mains. Il est une réflexion sur la vie et sur les choix d’un homme face à l’assassinat de son enfant.

 

Visuel : couverture du livre

 

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Bernard Massoubre

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