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« La République des faibles » de Gwenaël Bulteau : un monde en faillite

16 mai 2021 | PAR Bernard Massoubre

Le premier roman de Gwenaël Bulteau, La République des faibles, a été couronné par le prix Landerneau Polar 2021. Cet auteur, professeur des écoles, est promis à un bel avenir. Avec un style littéraire juste, Bulteau décrit la société lyonnaise de la Croix-Rousse, à la toute fin du 19ème siècle, autour de trois thèmes principaux : l’infanticide, la pédophilie et l’antisémitisme, sur fond d’alcool.

La misère est partout

Elle est sociale. La description de la vie lyonnaise à cette époque est édifiante. C’est du Zola, c’est du Vidocq chez les gones. La pauvreté et la crasse se sont donné rendez-vous dans les logements sordides, et sur les rues pavées de la capitale des Gaules.
Mais la détresse est aussi dans la tête des gens, qu’ils soient ouvriers ou bourgeois. Une vie sans valeurs, et sans honneur. C’est un monde glauque sans repères, guidé par les instincts les plus vils. La morale a déserté ces lieux.

L’enfant n’est pas roi

Un corps d’enfant est découvert dans une décharge par un chiffonnier. La victime est un garçon âgé d’une dizaine d’années. Le corps, sans tête, porte « des traces d’atteinte à la pudeur ». Le commissaire Jules Soubielle, homme droit, va mener l’enquête avec ses trois officiers.
Mais la police n’est pas au bout de ses peines. Le travail d’investigation n’est pas aisé car les habitants sont des taiseux, la bêtise leur tenant lieu de conscience. Car celui qui dénoncerait le voisin prendrait le risque d’être dénoncé à son tour.
Pour compléter le tout, d’autres corps d’enfants, jeunes et très jeunes, seront retrouvés au cours de l’intrigue.

La chair est faible

Les viols commis sur des enfants sont un des fils rouges de ce roman. Les gamins sont des jouets, des exutoires pour des hommes abâtardis de la Croix-Rousse. On prostitue sa progéniture, on en abuse, et on la tue parfois.
L’horreur de la pédophilie est accentuée par le fait que ces actes ne sont pas perçus comme monstrueux. Ils sont le quotidien d’une populace abrutie par l’alcool. Ainsi, la petite Esther Clément passe de main en main, de sexe en sexe, avec l’aval de ses parents.

La république aussi est faible

En 1898, à peine remis de la guerre de 1870, le France est en plein marasme. Les ligues d’extrême droite, comme la ligue des patriotes, tiennent le haut du pavé dans toutes les strates de la société. La population, séduite par le général Boulanger, cherche des boucs émissaires. C’est le début de l’antiparlementarisme et de la xénophobie. C’est la dénonciation de l’Anti-France. « La république était bien faible ! La corruption des parlementaires, leur je m’en-foutisme, n’étaient plus à démontrer… Cependant, le danger de voir la France s’effondrer était immense. Différentes gangrènes la rongeaient : le protestantisme, les métèques, le complot franc-maçonnique et au-dessus du lot, le judaïsme incarnant la plus dangereuse des menaces ».

Le Juif est l’ennemi

L’antisémitisme, mis en exergue par Gwenaël Bulteau, est populaire, viscéralement. Le « youpin » est la cause de tous les maux et la « youtrerie internationale » dirige la France, et le Monde. Le Juif est apatride
La haine du Juif trouve son acmé dans l’affaire Dreyfus. Quand il est étranger, il est prussien, et quand il est français, il trahit son pays. Ainsi, la boucle est bouclée.
Autant dire que dans ces histoires d’infanticide, le Juif Blovski, membre actif de l’internationale socialiste, est un coupable idéal.

Ce livre est un travail d’historien, facile à lire. C’est une peinture de la société lyonnaise, reflet de la vie de la population française de l’époque. C’est un roman noir car il sonde les faits et gestes d’un monde à la dérive.
Les tares dénoncées par l’auteur n’ont pas disparu pendant les deux siècles à venir, bien au contraire. Peut-être que les Hommes n’ont pas retenu les leçons de l’histoire ? Ou peut-être qu’ils s’en fichent, tout simplement.

Gwenaël Bulteau,  La République des faibles, La manufacture des livres,  368 pages, 19,90 euros ,  publié le 04/02/2021. 

visuel : couverture du livre

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