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« Douve » de Victor Guilbert : un roman à tiroirs

« Douve » de Victor Guilbert : un roman à tiroirs

26 mai 2021 | PAR Bernard Massoubre

La maison d’édition HUGO Thriller sort le premier polar de Victor Guilbert, homme de théâtre, de sketchs et de blogs. Et ce ne sera sans doute pas le dernier. L’intrigue est étrange, et le roman est étrangement bien écrit. Rien n’est simple dans l’univers frustre dépeint par l’auteur. Le lecteur va découvrir que le monde rural de Douve a deux faces, le contexte visible et la face cachée, à moins que ce ne soit l’inverse.

Mais où est Douve ?

Ne cherchez pas la ville sur une carte, vous ne la trouverez pas. Victor Guilbert la situe dans le massif du Pilat, dans les contreforts du massif central. Son nom n’est même pas joli, comme la couverture du livre. Il renvoie aux douves des châteaux, qui protègent et enferment. Et aussi à la grande douve du foie, infection parasitaire qui touche l’homme, et qui est transmise par les crudités. L’eau est donc un élément important du récit, comme la bière et le poison.
La question essentielle est de savoir qui est Douve. C’est un personnage du roman, au même titre que les autres. Douve plombe l’ambiance locale et unit les villageois. « Douve est une femme exceptionnelle qu’on ne remarque pas mais qui a la guigne ».

Et qui est Hugo Boloren ?

Il est la pièce maitresse du livre. C’est un policier, fils de policier. Il est un peu névrosé et il est le fils (unique) de maman. Un peu rigide, il traîne avec lui une qualité comme si elle était un défaut : il ne ment jamais. Autre interrogation métaphysique : il ne sait pas très bien pourquoi il est entré dans la police. Par atavisme peut-être, pour faire comme son père.
A Douve, quand ses parents y résidaient, une famille a été massacrée. Le médecin, d’origine islandaise, a été suspecté du meurtre. Des années plus tard, l’ancien maire de la commune est assassiné. Hugo décide alors d’enquêter, mais il veut aussi savoir (pour quelles raisons ?) s’il est le fils biologique de son père.
Toute une dichotomie familiale est présente dans le roman. En plus des policiers, il y a un gendarme fils de gendarme, des sœurs jumelles, des frères et des sœurs. Il y a Dédé et il y a Dodi.

Les étiquettes de la Vache qui rit

Sur le couvercle légendaire, la vache porte, en guise de boucles d’oreilles, des boites de Vache qui rit avec des couvercles de Vache qui rit…C’est le principe des matriochkas. Une histoire dans l’histoire, une histoire sans fin.
Il y a aussi un livre dans le livre. Celui écrit par la mère d’Hugo, brillante journaliste. A l’époque, elle a couvert l’affaire des meurtres de Douve, en partenariat avec les forces de l’ordre. Son témoignage est écrit comme un procès-verbal, avec de la précision et de la concision. Dans le pur style d’un rapport d’officier de police judiciaire lu aux Assises.
Le livre de Madame Boloren n’est pas une simple poupée russe. Il est le fil rouge qui permet la compréhension du massacre du village, grâce au lien étroit entre une mère et son fils.

Du chocolat dans un étui de cigarettes

Hugo, l’enquêteur, était un gros fumeur. En bon obsessionnel, il a remplacé son addiction (le tabac) par une autre (le chocolat), tout en gardant le contenant de la première. C’est astucieux et moins dangereux pour les poumons.
Mais ce TOC n’est pas anodin car il va permettre au policier de dérouler la pelote, et in fine de briser le plafond de verre qui gangrène Douve.

L’efficacité du roman est parfois minorée par des longueurs, et une faiblesse dans le rythme. Mais celles-ci n’occultent pas l’intérêt de Douve. L’auteur a décrit la psychologie des personnages avec justesse. L’intrigue est portée par un style efficace, prétexte à la description d’une France profonde, et toujours actuelle. Les habitants de Douve ont des réactions primaires, grégaires. Ils chassent en meute et, chose surprenante, ils ont suffisamment d’intelligence pour être machiavéliques.
Victor Guilbert aime les lettres et les textes peaufinés. Il a le sens du dialogue, c’est son métier, et il l’exerce avec brio dans le domaine du polar. Et puis, il est un homme de goût. Le choix du poète Yves Bonnefoy, pour l’épigraphe, en est l’illustration.

Victor Guilbert, Douve, Hugo & cie, 19,95 euros, sortie le 07/01/2021.
visuel : couverture du livre

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Bernard Massoubre

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