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Redécouvrir Flaubert à Rouen, Grâce à l’exposition Salammbô : Passion, Fureur, Eléphants

Redécouvrir Flaubert à Rouen, Grâce à l’exposition Salammbô : Passion, Fureur, Eléphants

26 mai 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Rouen fête cette année le 200ème anniversaire de la naissance de Gustave Flaubert. Le musée des Beaux Arts de Rouen débute cette commémoration, dès la réouverture des musées, par une exposition consacrée à son célèbre roman Salammbô. Elle sera ouverte au public du 21 Mai au 19 Septembre 2021.

Un auteur normand

Gustave Flaubert (1821-1880) est né à Rouen, il y a passé son enfance, avant de vivre de nombreuses années solitaires à Croisset, un village non loin de là. La ville de Rouen est donc particulièrement impliquée dans cette « année Flaubert » Pour débuter les commémorations, le musée des Beaux Arts de Rouen a choisi Salammbô. Lorsqu’il a commencé le roman, Flaubert était très affecté par le scandale et le procès qui ont suivi la publication de Madame Bovary. Il a choisi un thème historique, un retour à l’antiquité pour donner libre cours à son imagination et à son lyrisme. Salammbô est devenue une grande figure féminine de l’antiquité, elle entraine le lecteur dans la ville de Carthage, 300 ans av JC, après la première guerre punique. Le roman parut en 1862 après quatre ans de travail acharné et un voyage à Tunis. Flaubert connaitra un immense succès et son œuvre inspirera ensuite de nombreux artistes.

Les fastes de l’Orient

A l’entrée de l’exposition, une vue gigantesque du Forum Romain encadrée par les statues de Salammbô et d’Hannibal jeune, met d’emblée en exergue le conflit, inexpiable, entre Rome et Carthage. La première salle est consacrée à la genèse du roman : le visiteur y découvrira le carnet du voyage à Tunis de Flaubert et son dessin de l’aqueduc de Carthage. Le festin des mercenaires, la bataille de Macar, Salammbô et les colombes : les peintures d’Antoine Druet et Georges Antoine Rochegrosse reconstituent l’ambiance du roman, dessinent ses chapitres. Les couleurs sont riches, chatoyantes, les décors et les ornements exubérants, ne craignant pas la surenchère. La violence du roman apparait dans les sculptures : la fureur de l’éléphant ou «le Défilé de la Hache ». L’amour impossible de Salammbô et de Matho, le rebelle, est représenté par une fascinante statuette d’ivoire. Le visiteur pourra aussi admirer la gigantesque broderie du voile sacré de Tanit, le Zaïmph.

L’héritage de Flaubert

L’exposition s’attache ensuite aux œuvres postérieures à la mort de Flaubert. De nombreux artistes se sont approprié les thèmes du roman au cours des 19èmeet 20eme siècles. L’exposition présente des illustrations pour des éditions de luxe du roman (dont celle d’Alfons Micha) et des photographies. Le visiteur sera frappé par la photographie de Madame Bourké costumée en Salammbô à Londres en 1897. Salammbô a inspiré neuf opéras et une salle y est consacrée. Avec l’œuvre futuriste de Philippe Druillet (1980) la bande dessinée est présente. Le tableau de Franz von Stück : « die Sünde, le péché » représente la danse rituelle et très sensuelle de Salammbô avec le serpent. Cette œuvre illustre la femme fatale telle qu’on la concevait au 19eme siècle. Le cinéma enfin, le visiteur découvrira la gigantesque affiche du film italien de Sergo Grieco de 1959 consacré à Salammbô. Le roman de Flaubert a donné un second souffle à la recherche archéologique sur le site de Carthage : une salle y est consacrée avec en particulier les stèles funéraires rescapées d’un naufrage, le Tophet et le sarcophage de la Prêtresse ailée (qui doit arriver en juin de Carthage). L’exposition se termine par des photographies de la ville de Salammbô dans la Tunisie actuelle.

« On a fixé le mirage »

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le roman de Flaubert pour apprécier cette exposition, la visite débutant par un film de douze minutes qui rappelle le contexte historique. La préparation de l’exposition a duré trois ans en collaboration avec l’Institut National du Patrimoine Tunisien et le musée du Bardo à Tunis où elle sera l’année prochaine. Représenter dans une exposition une œuvre littéraire aussi foisonnante, tourbillonnante, monumentale était une gageure, un défi. Mais la magie opère et le visiteur s’imprègne de l’œuvre, de son ambiance orientale, et extravagante, violente et sensuelle. « On a fixé le mirage » disait Flaubert en parlant de Salammbô. Ce défi semble avoir été pleinement relevé. Cette exposition est multidisciplinaire : la diversité des oeuvres musicales, plastiques, ou cinématographiques qui se sont inspirées du roman est étonnante. La puissance créatrice de Flaubert s’est déployée bien après son décès, le mythe de Salammbô s’est perpétué jusqu’à nos jours, rendant éternel le destin tragique de cette héroïne carthaginoise. Le visiteur en sera convaincu.

visuel : Georges-Antoine Rochegrosse, Salammbo? et les colombes, 1895. © Dreux, muse?e d’art et d’histoire Marcel Dessal

Infos pratiques

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Jean-Marie Chamouard

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