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Musidora qui êtes-vous?

Musidora qui êtes-vous?

23 octobre 2022 | PAR Nicolas Villodre

Les éditions de Grenelle viennent de publier un ouvrage savant portant sur l’une des grandes figures féminines du cinéma muet, Jeanne Roque (1889-1957), alias Musidora, à la fois « actrice, réalisatrice, productrice et artiste totale ». Carole Aurouet, Marie-Claude Cherqui et Laurent Véray ont réuni communications et textes d’universitaires et de spécialistes de la période pour évoquer toutes les facettes de l’une des premières stars hexagonales.

Vamp

« En 1915, écrit Marie-Claude Cherqui, elle apparaît sur les écrans des cinémas moulée d’un collant noir et courant sur les toits de Paris dans Les Vampires, serial culte de Louis Feuillade. Le mythe est en marche. Les yeux sont fascinés et les cœurs s’enflamment. Les poètes, parmi lesquels figurent les futurs surréalistes, fixeront son image par les mots et contribueront à son immortalité. » Née dans un milieu artiste, la jeune femme apprend le dessin au cours Frémiet, le théâtre chez Jules Mévisto avant de débuter, âgée de seize ans, au Ba-Ta-Clan où elle aura pour partenaire Colette – ce sera la dernière pantomime de celle-ci. Par la suite, Jeanne aura pour pygmalion Pierre Louÿs et empruntera son nom de scène à la « belle aux yeux vert de mer », l’héroïne du roman-feuilleton de Théophile Gautier, Fortunio.

Elle est aussi pionnière dans ce qu’il est convenu d’appeler, aujourd’hui, le multimédia. Dans La Revue galante des Folies Bergère, elle mêle « film et spectacle de scène », nous apprend Marie-Claude Cherqui. Il faut dire que Louis Feuillade, réalisateur attitré de la Gaumont après le départ d’Alice Guy en Amérique, la lance illico presto au cinéma grâce au rôle d’Irma Vep, anagramme de vampire et, par voie de conséquence, de vamp. Musidora, qui était, sur scène puis au cinéma, élégamment vêtue par Poiret, utilisera ces termes : « Je suis devenue une vamp tout simplement parce qu’on voulait me mettre un maillot de coton et j’ai mis un maillot de soie. Comme j’étais, comme disaient les gars de cette époque, bien roulée, » Elle passera à son tour derrière la caméra pour adapter un roman de Pierre Benoit puis pour mettre en scène en Espagne le torero à cheval Antonio Cañero, son latin lover.

Boulevard du crépuscule 

Durant l’Occupation, Henri Langlois l’engage à la Cinémathèque Française où elle fera partie d’un véritable gynécée composé de Mary Meerson, Jehanne d’Alcy, Ève Francis, Marianne Colson-Malleville, Marie Epstein et Lotte H. Eisner. Elle incarne la mémoire du 7e Art et contribue à enrichir l’association créée en 1936 grâce à ses connaissances et à ses contacts personnels. Laurent Mannoni précise qu’elle fait partie de la Commission de recherches historiques de la vénérable institution dont la méthode consistait « à amener à la Cinémathèque, à l’aide de tasses de thé, de petits gâteaux, de prévenances et d’amitiés, tous les vieux du cinéma ». 

L’ancienne inspiratrice de l’amour fou qui tant fascina André Breton et Louis Aragon, la star écranique, au sens où l’entend Edgar Morin, c’est-à-dire de « beau visage » héroïsé, divinisé, « d’objet d’admiration » et « de sujet de culte », se penche sur son passé pour relater prosaïquement les conditions de tournage de l’âge d’or du muet à la cité Elgé, du côté des Buttes Chaumont : « [Feuillade] faisait ouvrir une trappe dans le plancher, on recouvrait d’un tapis et il me disait : « Les policiers sont derrière toi, et ils t’attaquent. Mais attends-toi à toutes sortes de choses… » Et en dessous du tapis il y avait une véritable trappe de 2,50 m, on avait mis un matelas, mais enfin… je vous garantis que je suis vraiment tombée. (…) Il y avait aussi le revolver chargé à blanc. Il l’avait donné à Louise Lagrange qui devait me tuer. Et Feuillade dit : « Même chargé à blanc c’est dangereux ». Il prend une plaque de métal, il tire lui-même… la plaque complètement transpercée ! Il a fait « Oh ! »

Visuel : autoportrait de Musidora pour une de ses affiches, c. 1920, BnF.

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Nicolas Villodre

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