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Mauvais Genre : autopsie de la jeunesse d’Oxford par Naomi Alderman

03 avril 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir plongé ses lecteurs dans la communauté juive orthodoxe de New-York dans « La désobéissance » (L’Olivier, 2008), l’auteure britannique lui ouvre les portes d’une autre communauté très fermée : la jeune élite d’Oxford où elle a elle même fait ses études. Très fin psychologiquement et très dur sur le cursus de l’université anglaise, Naomi Alderman signe un petit chef d’œuvre. Sortie aux Editions de l’Olivier le 7 avril 2011.

James Stieff entre à Oxford sans conviction, dans l’ombre d’une sœur qui a déjà parfaitement réussi son cursus dans cette noble institution. Le premier trimestre est un cauchemar après qu’il se soit cassé le genou et qu’il se soit isolé dans sa piaule, l’échec scolaire et des monceaux d’amertume. Mais un peu avant Noël, James trouve un ange qui sera sa compagne pour de longue années : la jolie Jess l’apaise, le pousse à travailler et surtout l’introduit dans son cercle d’amis qui gravitent autour du fantasque Mark Winters. Fils richissime placé très tôt en pension après le divorce de ses parents, Mark a récupéré une grande maison non loin de l’université où il convie tous ses amis à venir vivre gratuitement. Il y a la somptueuse espagnole Emmanuella, la placide Jess, le businessman en herbe Simon et l’intello dévergondée Franny. James s’installe dans une vie confortable mais un peu au-dessus de ses moyens de grandes soirées de beuveries et apprend avec ses amis à passer petit à petit et sans brio les examens et les rites d’Oxford. Il se prend également d’amitié pour Mark, qu’il décide de défendre de sa famille…

Parfaitement structuré en trois parties chronologiques dont la première et la plus longue concerne l’épisode de trois ans de ces « Friends » caustiques à Oxford, « Mauvais Genre » dénonce Oxford avec violence. Non seulement l’université est dépeinte comme l’enclot élitiste que l’on imagine, avec ses uniformes et son esprit de compétition, mais le sadisme des professeurs, ainsi que le manque d’intérêt des cours sont souvent mis en cause. A mille lieues de la littérature nostalgique des « Colleges » américains, le roman dévoile peu à peu les faux-semblants des amitiés estudiantines et les manipulations que celles-ci cachent. L’on apprend peu à peu combien la fausse famile reconstituée des six amis a handicapé pour la vie nombre d’entre-eux.

 

Naomi Alderman, « Mauvais Genre » (« The Lessons »), trad. Hélène Papot, L’Olivier, 22 euros, 381 p. Sortie le 7 avril 2011.

« Qu’est ce qu’Oxford? Un magicien en habit de lumière qui éblouit ses spectateurs et détourne leur attention à force de gesticulations. Qu’a été Oxford pour moi? Des cours inintéressants, une petite chambre inconfortable, des professeurs indifférents. Reste le décorum : les toges, les rues pavées, les plafonds voûtés des bibliothèques et les portraits du XVIe siècle. C’est ancien, c’est beau, c’est prestigieux. Et c’est injuste, mesquin, glacial. En se promenant dans Oxford, on entrevoit l’éclat des pelouses bien entretenues, et les cours médiévales au-delà de l’entrée de chaque collège. mais les entrées sont gardées et les gardiens hostiles. » p. 217.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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