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« Les Derniers » de Sophie Nahum : de quoi sont-ils le nom ?

« Les Derniers » de Sophie Nahum : de quoi sont-ils le nom ?

21 février 2020 | PAR Eloise Sibony

Sophie Nahum prolonge sa série documentaire où elle donnait la parole aux survivants de l’enfer et couche aujourd’hui ces témoignages sur papier. Indispensable.

C’est Elie Buzyn, rescapé d’Auschwitz et chevalier de la légion d’honneur, qui nous donne la clé du livre dans les premières pages. “Quand nous ne serons plus là, vous pourrez dire “j’ai rencontre un homme qui a vécu ça”. Vous allez devenir le témoin du témoin que je suis, c’est une lourde responsabilité” lance-t-il à Sophie Nahum qui confie alors que son “sort était scellé”… Et le nôtre avec. 

Il est impossible d’oublier l’histoire de ces survivants et comme il n’en reste pas plus d’une centaine, Sophie Nahum est parti à leur rencontre pour nous transmettre leur témoignage. Celle qui a toujours “aimé questionner les anciens”, a d’abord filmé ces visages, inoubliables. Ceux de Shelomo Selinger, Armand Bulwa, Flora Eskenazi, Robert Wajcman, Julia Wallach, Jacques Altmann, Suzanne Laugier et tant d’autres qui tente de raconter l’indicible, l’horreur, leur reconstruction singulière et qui aujourd’hui font part d’une inquiétude commune. Entre devoir de mémoire et malaise face à l’ignorance de la Shoah – une personne sur six en France n’en a jamais entendu parler – Sophie Nahum réalise un travail conséquent et nécessaire. Cette dernière continue le travail de mémoire, à la vitesse grand V, auquel s’adonne les historiens depuis la libération des camps. L’urgence de raconter est peut-être l’un des aspects les plus déchirants du livre, symptôme de la crainte d’un recommencement, dû à une actualité qui ravive certains traumatismes chez ces témoins.

 

 “En vérité je suis même très pessimiste “  

Le livre se décline en neuf partie du “Basculement” jusqu’à la question fatidique “Plus jamais ça ?”. Une dernière question lourde de sens quand on lit l’inquiétude de certains protagoniste du livre. À l’instar de Lucette Gejzenblozen, survivante d’Auschwitz décédée fin 2018, qui raconte “Ce n’est pas beau ce que je vois en ce moment. Il y a trois ans j’ai entendu qu’on hurlait dans ma rue (…) Il y avait un défilé, mais ce défilé-là c’était le même que quand les Allemands sont entrés à Lyon. Vous avez ce qu’on criait dans la rue ? “Mort aux Juifs” ! Si vous saviez comme ça m’a fait mal !”. Il y a aussi Robert Wajcman qui interroge “Vous croyez que ça nous fait plaisir, les réflexions qu’on entend dans la rue sur les Juifs ? ” avant de confier “On a beau avoir répété sans cesse “plus jamais ça” eh bien ce n’est pas garanti. Je suis inquiet, en vérité je suis même très pessimiste”. 

C’est de cette inquiétude dont ces derniers sont le nom. Que faudrait-il leur répondre ? “Les Derniers” est la seule réponse qu’a trouvé Sophie Nahum. Une série de portraits bouleversants dont la promesse est d’informer, de prévenir afin que nous aussi devenions les témoins des témoins. Une lourde responsabilité. 

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Eloise Sibony

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