
Le monde à l’endroit de Ron Rash, quand le passé n’en a pas fini avec vous…
Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est l’auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires. Il est titulaire de la chaire John Parris d’Appalachian Studies à la Western Carolina University.
Au cœur des Appalaches, dans une communauté du sud des États-Unis soudée par de vieux secrets, Travis Shelton, un adolescent un peu voyou, tombe sur un champ de cannabis en allant pêcher la truite. Voler des plants de cannabis pour les vendre est tentant, et cela n’a rien d’extraordinaire. Mais le père Toomey le prend en flagrant délit et le lui fait payer en lui coupant le tendon d’Achille. Mutilé, le gamin qui n’est pas un camé, et qui n’a pas mauvais fond, veut tailler la route pour fuir l’humiliation paternelle et son avenir dans les plantations de tabac. Sur sa route il croise un prof, ou plutôt un ex-prof, Léonard, un brin décalé, un brin looser, au passé mystérieux. Léonard va aider Travis à remettre son monde à l’endroit et va aussi lui faire découvrir le passé sanglant d’une guerre de Sécession qui a marqué au fer rouge cette communauté du sud.
Le massacre de Shelton Laurel est un fait réel. Ron Rash s’inspire des descriptions du massacre et des comptes rendus parus dans le New York Times en 1863. Ce massacre est au cœur de l’histoire et hante de ses fantômes échappés du passé cette communauté rurale des Appalaches coincée entre alcool et came, et nourrie de désillusion. S’en sortir, s’en échapper, paraît illusoire, impossible. Faire des études pour fuir, quitter ce trou, où l’homme est dur, la peau grillée par le soleil. Tomber amoureux, pour vivre un peu de tendresse au milieu de toute cette brutalité. Trouver des raisons de vivre, de ne pas devenir un zombie de plus perdu au milieu de ces enveloppes corporelles qui errent sans but… Travis veut tout ça, veut autre chose, veut partir, être quelqu’un d’autre, aimer et être aimé en retour. Pour cela il se fait aider de Léonard, cet ex-prof, viré de son bahut pour de mystérieuses raisons, qui vit dans une caravane avec ses deux chiens et une pauvre junkie. Léonard deale de l’herbe, quelques cachetons et un peu de bibine aux jeunes alcoolos du coin qui s’emmerdent toute la journée. Mais Léonard va surtout aider Travis à se plonger dans son passé familial, dans un passé familial écrit en lettres de sang lors du massacre de Shelton Laurel pendant la guerre de Sécession.
Voilà le genre de livre qu’un chroniqueur littéraire attend au milieu d’une pile trop grande de mauvais bouquins… Car Le Monde à l’endroit de Ron Rash est un véritable chef d’œuvre. C’est un regard lucide sur la vie, sur un quotidien morne dans lequel peut naître l’espoir. L’espoir d’une vie meilleure, remplie de bonheur, d’un bonheur simple qu’il faut aller chercher avec force, courage et obstination, quoi qu’en disent les critiques de ceux englués depuis trop longtemps dans leur vie de merde. Mais le passé n’en a jamais fini avec vous…
Un chef d’œuvre à lire absolument !
Le monde à l’endroit de Ron Rash, éditions Points, sept 2013, 336 pages, 7.20 euros