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Raymond Depardon : Couleur et douceur au Grand Palais

Raymond Depardon : Couleur et douceur au Grand Palais

16 novembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Juste à côté de l’entrée principale et majestueuse de Paris Photo mais amenée à perdurer plus longtemps, l’exposition dédiée au photographe officiel du portrait présidentiel est un havre de couleur. Justement intitulée « Un moment si doux« , l’événement est une sorte d’autoportrait en 150 clichés de 1959 à aujourd’hui, avec une ellipse fascinante, les années 1980 et 1990 étant celles d’un travail en noir et blanc. Un très grand moment de photographie et d’osmose avec l’humanité. 

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L’exposition commence sur un grand portrait d’un homme allongé dans une chambre d’hôtel médiocre au Vietnam, en 1972. Avec au premier plan probablement un soldat au repos, la photo pourrait être glauque ou effrayante. Mais pas du tout, des tons bleutés et du corps alangui se détachent une profonde impression de tendresse. Tendre est la lumière dans laquelle le grand Raymond Depardon nous invite à entrer avec cette exposition très simple (deux longs couloirs de photos, disposées en séries) et à la fois très élégante (caractère biseauté du pan de mur central pour styliser la scénographie et police délicieuse de cartels où la première personne est employée avec émotion et modestie). Le thème majeur est la couleur, « métaphore de la curiosité » selon le mot du photographe, qui commence à se placer face à ses sujets, tous pigments dehors dès l’âge de 16 ans quand il passe de cadrage des poules et de la vie quotidienne de la ferme familiale du Garet à la capitale. C’est ainsi qu’il fixe Edith Piaf, droit dans les yeux, d’un bleu tellement perçant qu’on en reste bluffé (1959). En face, une série magistrale sur Glasgow donne plus de couleur au ciel de cendres et aux immeubles industriels des quartiers les plus défavorisés de la ville écossaise qu’aux plages les plus exotiques de Honolulu. Axé sur l’humain, souvent eu premier plan (une fillette au genou blesé, un gamin mâchonnant son chewing-gum) ou se détachant du décor comme animé de force de vie, Depardon est toujours pudique. Selon ses mots « La photographie est une manifestation de la distance de l’observateur qui enregistre et qui n’oublie pas qu’il enregistre ». A Beyrouth où il filme la vie pendant et malgré la guerre civile, plutôt que la guerre, en Ethiopie où il laisse vivre sur ses clichés certains lieux habités ou bien à Paris, place de Clignancourt, qui paraît tout aussi lumineuse que l’ïle de Chiloe, au Chili, Depardon fixe l’espace pour désigner les gens qui l’occupent. Tout bruisse et gigote, mais avec une placidité qui est déjà une sagesse. Entre deux voyages au Tchad ou en Argentine, le photographe rentre chez lui, à Villefranche-sur-Saône, puis il repart et conserve le même œil, friand de couleur de de vie. Une exposition à la fois forte et douce, et qui propose une image qui dépasse le simple dépaysement.

visuels
affiche : Autoportrait au Rolleiflex (posé sur un mur) 1er scooter de marque Italienne « Rumi », étiquette de presse sur le garde-boue. Ile Saint-Louis. Paris, 1959 ©Raymond Depardon/Magnum Photos
Glasgow, Ecosse, 1980. 34 x 51 cm © Raymond Depardon / Magnum Photos
Edith Piaf, Paris, 1959, 25×25 cm © Raymond Depardon/Magnum Photos

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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