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Lancement d’une campagne de crowdfunding pour publier « Innocent » de Gérard Depardieu en anglais

Lancement d’une campagne de crowdfunding pour publier « Innocent » de Gérard Depardieu en anglais

15 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le témoignage de notre Gégé national « Innocent » (Le Cherche Midi, 2015) a frisé les 100000 exemplaire vendus, une maison d’édition indépendante américaine, Contra Mundum Press prévoit de publier la traduction anglaise à la rentrée. Pour ce faire, il lancent une campagne de crowdfunding sur la plateforme Indiegogo. L’éditeur à l’origine de cette campagne, Rainer J. Hanshe, en profite pour nous parler de l’aura de Depardieu aux Etats-Unis et des challenges auxquels une maison d’édition comme Contra Mundum Press doit faire face.

Pour soutenir le projet et permettre aux américains de découvrir les pensées de Gérard Depardieu, c’est ICI.

Gérard Depardieu est-il très célébré aux Etats-Unis ? Le livre pourrait toucher combien de personnes ?
S’il n’est pas aussi légendaire ou connu qu’en France, où il est une institution, Depardieu est clairement connu dans le monde anglophone et aux Etats-Unis. Même quelqu’un comme mon père, qui travaillait sur les chantiers, sait qui est Depardieu et qu’il fait des films étrangers. Mais Depardieu a aussi travaillé dans pas mal de productions internationales avec Peter Weir, Ridley Scott, Kenneth Brannagh, Ang Lee et récemment il était le Dominique Strauss-Kahn de Welcome To New York d’Abel Ferrara

Il est difficile de prévoir le lectorat d’un livre, d’autant plus que l’industrie de l’édition est particulièrement inconstance un peu comme le Far-West. Mais au vu de la notoriété de Depardieu, il devrait y avoir pas mal de lecteurs. Surtout qu’il aborde de nombreux sujets : l’amitié, le cinéma, la politique et la religion et qu’il fait des remarques intéressantes sur des questions socio-politiques brulantes (la foi, le fondamentalisme, les réfugiés etc). Je pense qu’il peut intéresser un vaste public et c’est pour cela que j’ai voulu le publier, spécialement dans les temps explosifs et divisés dans lesquels nous vivons. Grace à la stature de Depardieu, le livre peut avoir un impact plus grand que si une personne moins connue avait écrit un tel livre. .

La polémique du départ de Depardieu en Russie est-elle connue aux Etats-Unis ? Allez-vous garder le titre « Innocent » ?
Certains sont au courant. Mais je ne peux pas me prononcer sur cet épisode, je suis éditeur, pas juge. Je ne vais pas commencer à jouer les inquisiteurs et à condamner en lettres rouges comme ces gens qui agissent comme s’ils étaient eux-mêmes des anges sans défauts. En tous les cas, la notion d’innocence dans le livre de Depardieu ne parle pas de son évasion fiscale mais d’une façon d’être aux autres et au monde. C’est une éthique de la liberté et de générosité, un simple état qui évite les atermoiements.

Comme il dit dans le livre, c’est un « lien avec le plus haut, une façon de chercher à atteindre le bien suprême, la sainteté ». C’est “trouver une paix avec soi et avec les autres et cela commence par le silence”. Que quelqu’un puisse être ou non innocent tout le temps est une vraie question et Depardieu lui-même le reconnaît et il est assez critique et se met sur a sellette pour certaines choses qu’il a pues faire dans le passé. Il a un grand sens de l’humour et est parfaitement capable de se moquer de lui-même.

Quel est le premier film que vous avez vu avec Depardieu ? Avec son livre ?
Je ne suis pas sûr mais c’était probablement le 1900 de Bertolucci. Quant au livre, je l’ai vu dans une boutique à Paris et j’étais intrigué après l’avoir feuilleté. Quand j’ai fini l’ouvrage, j’ai écrit à l’éditeur pour acquérir les droits et de manière surprenante, ils étaient encore libres, même après la publication.

Vous l’avez rencontré?
Non pas encore mais une rencontre est imminente. Les barils de vin sont prêts et aussi les saucisses à l’ail. Quand j’ai rencontré, Cristina Chiarasini, l’agent en charge des droits de traduction, elle m’a dit qu’il était très intéressé que le livre touche un large public et qu’il prendrait part à la campagne de promotion, comme il l’a fait en France et en Italie.

Quels sont les frais couverts par la campagne Indiegogo ?
Il s’agit des frais de traduction. Tout le reste, impression et aures frais, sont déjà pris en charge.

Où trouve-ton les livres Contra Mundum books ? Combien en publiez-vous par an ? Qui sont vos lecteurs ? Les rencontrez-vous ?

A part les commandes directes sur notre site web, nos livres sont disponibles sur d’autres sites comme Amazon ou Indiebound.org. Même si nous n’avons pas beaucoup de followers sur twitter, la page facebook de notre journal Hyperion réunit 6000 fans (nos deux derniers volumes étaient des éditions spéciales sur Mallarmé avec des textes originaux de Alain Badiou, Quentin Meillassoux et Ann Smock, la traductrice de Blanchot…) et le lectorat de Hyperion est assez vaste allant des Etats-Unis à l’Afrique en passant par l’Europe, le Moyen Orient et l’Asie. Nos livres ont été recensés par des sources majeures comme le Times Literary Supplement, The Guardian, The New Statesman, LARB, etc. Et notre deuxième livre, une traduction de Gherasim Luca’s a été chroniqué par le Times Literary Supplement. Donc si nous aimerions en avoir encore plus, nous en avons et pas mal de gens d’habitude avares de compliments ont parlé avec effusion et respect de nos publications. Nous avons organisé des événements à New York, Berlin, Budapest, et ailleurs, parmi lesquels un festival de cinéma sur Elio Petri, dont nous avons publié les écrits en 2013. Donc notre vision des arts est globale et a aussi une dimension de rencontre physique. Contra Mundum va collaborer avec la Revue Gruppen à Paris et d’autres partenariats sont en cours. Nous publions un livre tous les deux mois, parfois plus et en général deux numéros d’Hyperion par an. Je co-didige cette revue avec Erika Mihálycsa.

La publication du livre de Depardieu peut-elle être un grand coup éditorial, si le livre se vend bien ?

C’est très possible et les ventes devraient dépasser celles de nos précédentes publications ; si c’était le cas, cela nous permettrait de continuer à publier des projets plus confidentiels qui ne génèrent pas de profit. Cela prend parfois des années avant de vendre une première impression, notamment de livres de poésie et certains des auteurs que nous traduisons et publions, le sont pour la première fois en anglais. Donc obtenir des retours sur avances est un processus risqué et long, notamment pour une petite maison. Même les personnalités plus intrépides ne sont pas toujours des lecteurs aventuriers et cela peut prendre des années, si pas des décennies, de développer un lectorat pour un auteur largement inconnu du grand public. Même des critiques de haut vol sont parfois impuissantes à booster les ventes. Un projet comme le livre de Depardieu, s’il a du succès, serait très bénéfique parce que nous sommes une maison indépendante avec des moyens très modestes et même si nous avons reçu des aides et des rix pour certaines traductions, c’est loin d’être suffisant pour soutenir notre édition. Survivre comme maison d’édition est difficile et encore plus aujourd’hui. Beaucoup de gens hésitent à investir dans une entreprise qui se demande si elle va vivre de ses ventes dans un milieu où les ventes ne sont jamais sures. Aucune grande institution – même les grandes comme le MoMA ou le Met, ne survit juste de ses ventes ; Il faut aussi des mécènes et de l’argent de l’Etat. Même un buisiness à but lucratif comme la Tesla de Elon Musk’s n’a pas pu se créer seule mais a dû se reposer sur des investisseurs. C’est naïf de penser que l’art et les artistes peuvent vivre de ce qu’ils ont à vendre.

visuel : couverture de Innocent, (c) éditions du Cherche-Midi

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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