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La passion du théâtre, selon Robert Badinter

La passion du théâtre, selon Robert Badinter

17 juin 2021 | PAR Ilan Lévy

Alors que l’on célèbre les 40 ans de victoires de François Mitterrand le 10 mai 1981, Fayard publie trois pièces de théâtre sur la justice, écrites par cette figure emblématique qu’est Robert Badinter. 

La justice comme ligne de vie, le théâtre comme passion

S’il est l’instigateur principal de l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter met aussi fin aux tribunaux d’exception et surtout à la dernière loi française pénalisant l’homosexualité.
Avocat, Ministre de la Justice, Président du Conseil Constitutionnel, sénateur, il met sa vie au service de la justice jusqu’à en faire aujourd’hui une icône nationale et peut être l’un des derniers fédérateurs de la gauche politique.
Ce que le grand public ignore, c’est la passion ancienne de Robert Badinter pour le théâtre.
Alors qu’il a déjà écrit un opéra Claude, inspiré de Victor Hugo sur les injustices et la peine de mort, il propose dans son dernier ouvrage 3 pièces de théâtre : Cellule 107, Les briques rouges de Varsovie et C.3.3.

Cellule 107, une rencontre historique

Dans Cellule 107, Robert Badinter revient sur un épisode historique peu connu, voir même totalement passé inaperçu.
Condamné à mort pour collaboration, Pierre Laval, vice-président du conseil de Pétain, tente de se suicider dans sa cellule avec du poison. Lors de sa dernière nuit, lui, le vieil homme usé reçoit la visite de l’élégant René Bousquet, collaborateur notoire qui échappe à l’exécution pour faits de résistance. De cette rencontre entre ces deux collabos, il ne reste pas de trace. L’ancien avocat imagine le dialogue entre un Laval fini et un Bousquet à l’aube d’une belle carrière. Laval revient sur ses origines familiales, simples et sur son retour en France, ce que semblerait lui reprocher Bousquet. Laval justifie la collaboration pour « aider et soutenir la France ». À l’heure de la mort, ses fantômes semblent le hanter. Un résistant fusillé et une jeune fille juive passée par le Vel d’Hiv s’adressent à lui pour lui reprocher son action, sa politique. Le talent de l’ancien Garde des Sceaux est de parvenir à mettre en perspective les conséquences directs et mortelles de l’action de celui qui « souhaitait la victoire de l’Allemagne »

La lutte héroïque pour mourir dans la dignité des combattants du ghetto de Varsovie

Dans Les briques rouges de Varsovie, Robert Badinter effectue un retour en arrière sur l’histoire du ghetto de Varsovie et sa résistance finale, la première de cette ampleur face à l’ogre nazie.
En mai 1943, les derniers moments de l’insurrection, dans un atelier, le rabbin discute avec Schmiele, un ouvrier tailleur bundiste. L’auteur sait utiliser l’histoire avec pédagogie pour mettre en scène ce dialogue fictif entre un rabbin qui n’a pas perdu la foi malgré la mort qui l’attend et le jeune bundiste. Chacun a sa manière est un résistant, l’un par Dieu et la prière, l’autre par l’action. Et pourtant tous deux ne peuvent que mourir. Ils incarnent la Résistance juive, celle qui, derrière Anielewicz et ses jeunes des mouvements de jeunesse juifs, sauvera l’humanité et montrera par son sacrifice, la voie au monde.

Oscar Wilde, homosexuel mondain condamné

Plus ancienne, la pièce de théâtre C.3.3, qui a été jouée en 1995 au Théâtre de la Colline, évoque le séjour en prison pour homosexualité d’Oscar Wilde, l’un des plus grands écrivains de langue anglaise de l’histoire. Parce qu’il a été condamné pour homosexualité en Angleterre à la fin du XIXème siècle, le « prince de la vie » qui avait tant régalé par ses talents littéraires connaitra à sa sortie de prison un destin tragique et une mort rapide, seul, abandonné.
La pièce retrace l’histoire de C.3.3, le numéro de sa cellule, que devra désormais porter cet homme marié, père de deux enfants dans les prisons glaciales et déshumanisées de l’Angleterre victorienne. N’étant accusé que de relations sexuelles avec un homme majeur et consentant, il y laissera sa vie.

Robert Badinter, Théâtre 1, C.3.3., Les briques rouges de Varsovie, Cellule 107, Fayard, 275p, 23€

visuel : couverture du livre

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