Fictions

« Survivre », de Frederika Amalia Finkelstein : d’Oradour au Bataclan dans la tête d’une jeune-femme de 25 ans

« Survivre », de Frederika Amalia Finkelstein : d’Oradour au Bataclan dans la tête d’une jeune-femme de 25 ans

03 août 2017 | PAR Yaël Hirsch

On avait découvert le talent de la Frederika Amalia Finkelstein avec l’Oubli, un roman incisif de révolte contre le poids du passé (lire notre critique), on la retrouve trois années après pas du tout allégée par le sens des derniers événements qui ont percuté la France avec Survivre. Un titre toujours court, pour un texte toujours grave où le corps de la jeune-femme rumine le trauma collectif.

[rating=3]

L’héroïne traîne un corps lourd de mémoire et un cerveau saturé de références dans un Paris sous le choc des attentats du 13 novembre. Accrochant l’image des corps entassés et défigurés des spectateurs assassinés, qu’elle met en parallèle avec les descriptions des enfants massacrés à Oradour-Sur-Glane, l’héroïne trimbale Rimbaud et Lautréamont dans le métro de Paris comme les figures tutélaires d’un mal du siècle que le terrorisme et le flux continu de l’information auraient placé entièrement sous le signe de la peur…

Franchement déprimée, l’écriture de Frederika Amalia Finkelstein n’est plus un cri de révolte mais une fresque d’abattement alarmant auquel toutes les générations peuvent s’identifier pleinement. Qui n’a pas l’obsession destructrice des images d’exécution et de violence gratuite et mise en en scène par l’Etat Islamique, qui n’a pas eu peur d’entrer dans le métro les jours qui ont suivi les attentats de Charlie hebdo et ceux du 13 Novembre, et qui a pu être assez fion pour éviter de tirer un trait d’union entre les années 1930, leurs idéologies et leur montées des populismes et nos années 2010? La voix et le texte toujours bien écrits de Frederika Amalia Finkelstein résonne en chacun d’entre nous et son livre semble issu d’une nécessité intérieure que l’on salue.

Frederika Amalia Finkelstein, Survivre, L’Arpenteur, 144 p., 14 euros, sortie le 17 août 2017.

« Il faut compter les morts. Il faut les compter avec rigueur et mesure. Si nous ne comptons pas les morts avec rigueur et mesure, nous n’aurons plus aucun sens des priorités. » p. 77.

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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