Fictions
« Schroder » d’Amity Gaige

« Schroder » d’Amity Gaige

15 mai 2014 | PAR Audrey Chaix

9782714454539

Eric Kennedy a tout pour lui : un boulot comme agent immobilier, une femme aussi belle qu’intelligente, et une adorable petite fille prénommée Meadow. Jusqu’au jour où la crise des subprimes fait exploser la bulle immobilière. La descente aux enfers professionnelle enclenche la crise du couple, qui finit par se séparer, et à se disputer la garde de la fillette. Une trop banale histoire de notre temps…

Sauf qu’Eric cache un secret depuis des années : il ne s’appelle pas Eric Kennedy, vague parent éloigné de la célèbre famille d’hommes politiques, mais Erik Schroder, fils d’un immigré allemand qui a fuit la RDA. Ce qui était d’abord le mensonge d’un ado mal dans sa peau a fini par devenir une nouvelle identité, si bien qu’Eric en a perdu toute trace d’accent, quitte à renier son passé et ses origines. Et surtout, rien n’est officiel dans ce changement de nom, et Eric Kennedy n’a donc aucun papier attestant de son existence. Comment, dans ces conditions, se pourvoir en justice pour réclamer de voir sa fille plus souvent, plus longtemps ? Sur un coup de tête, il emmène sa fille en week-end – et ne la ramène pas à sa mère. Ainsi commence une cavale dont le roman Schroder et la confession, narrée à la première personne, d’Eric à la mère de sa fille.

Même si certaines prémices de l’histoire peuvent paraître un peu tirées par les cheveux – notamment le fait qu’Eric ait pu dissimuler sa véritable identité pour travailler, se marier, reconnaître son enfant sans aucun problème tout au long de ces années (mais peut-être cela est-il plus facile aux Etats-Unis qu’en France), il n’en reste pas moins que mêler cette affirmation désespérée de la paternité à la redécouverte de sa véritable identité est une ficelle narrative qui porte une belle dimension dramatique. Gaige dépasse ainsi le simple fait divers pour donner une véritable profondeur à l’introspection de Schroder, et elle réussit le tour de force de réussir à nous faire prendre fait et cause pour un homme qui a, fondamentalement, tort.

Amity Gaige explore ici avec une belle finesse psychologique et un grand sens de la compassion la difficulté de rester père lorsque l’on n’est plus mari. Elle offre surtout à ses lecteurs une histoire pleine de rebondissements alors que Schroder et Meadow parcourent la côté nord est des Etats-Unis dans une fuite en avant que lui refuse d’admettre, et qui finit par tourner à la catastrophe – catastrophe qui n’est que suggérée par le narrateur jusqu’à ce qu’il finisse par devoir la raconter. Si bien que Schroder prend parfois des allures de polar dans cette folle poursuite d’Eric après lui-même. Une belle découverte pour un premier roman traduit en français. A quand les deux premiers dans la langue de Molière ?

 

Amity Gaige, Schroder, Editions Belfond, 340 p., 22 euros.

Visuel : couverture du livre

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Les soirées du week-end du 15 mai
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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