Fictions

« Le témoin solitaire » : le dur retour aux sources de William Boyle

« Le témoin solitaire » : le dur retour aux sources de William Boyle

22 août 2019 | PAR Marianne Fougere

L’auteur de Gravesend revient dans le quartier de Brooklyn qu’il affectionne tant pour livrer un roman mêlant enquête policière et quête identitaire.

Entre William Boyle et Brooklyn c’est une longue d’histoire. Histoire de famille d’abord, puisque l’écrivain a grandi à la frontière entre Gravesend, Bensonhurst et Bath Beach. Histoire de littérature ensuite, puisque c’était bien l’impossibilité à s’extraire de Gravesend qui constituait le cœur de son roman portant le nom du quartier adoré et donc, en un sens, redouté. Histoire de mélancolie enfin, puisque la rédaction du Témoin solitaire coïncida avec son retour à Brooklyn en février 2017, moment où Boyle prit conscience qu’il se « languissai[t] du passé et [considéra] le quartier, [sa] maison et [son] identité avec les yeux de quelqu’un qui est parti et ne reviendra jamais vraiment »

Le témoin solitaire, bien que né de l’urgence, est le fruit cette longue histoire. Il représente aussi une sorte de sequel à Gravesend. Un quartier, une atmosphère, des rues maintes fois foulées, une communauté : on se sent un peu chez soi et ce d’autant plus que certains visages nous sont familiers. Alessandra, par exemple, l’enfant audacieuse du quartier qui a eu le courage de tenter sa chance à Los Angeles pour faire décoller sa carrière d’actrice. Alessandra a toujours détesté Gravesend mais elle n’a jamais cessé de s’enfuir … pour mieux revenir. C’est à l’occasion de l’un de ses multiples allers-retours qu’elle a sans doute fait la rencontre d’Amy, le personnage principal et éponyme du Témoin solitaire. Le roman commence alors qu’Alessandra, suite au décès de son père, est repartie sans guère de préavis à LA, laissant Amy sur le carreau et dans un quartier qui lui demeure étranger. Amy aurait pu courir après Alessandra ou repartir à Manhattan. Elle est restée, troquant par la même occasion ses tenues rockabilly pour un kit liturgique… Bible, croix, cierge … dont elle se sert lorsqu’elle va porter la communion aux veuves esseulées du quartier. Spartiate et pieuse, la vie d’Amy est à mille lieues de celle qu’elle menait lorsqu’elle maniait davantage le shaker que la custode. Elle va être chamboulée le jour où elle décide, pour « rendre service », de prendre en filature l’homme louche croisé un peu plus tôt chez une vieille dame dont elle s’occupe.

Nous devrions sans doute nous attarder quelques instants sur l’enquête qui s’ouvre avec cette filature. Mais, ne serait-ce pas prendre le risque de livrer un peu trop d’indices et donc de gâcher la lecture et le suspense du Témoin solitaire ? Meurtre, suspect, mystère, résolution : tous les ingrédients d’un bon policier sont présents. Le Témoin solitaire présente certainement quelques faiblesses mais nous ne sommes pas suffisamment expert ès polar pour en juger. Plus importante à nos yeux, est la manière dont Boyle montre combien le genre policier est à même d’explorer les trajectoires personnelles des individus. Ses personnages sont confrontés à l’échec, à la souffrance, à leurs propres failles et erreurs. Vulnérables, ils doivent tenter de se réinventer sans toutefois nier ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes. Aussi, le roman policier n’est-il qu’un prétexte. L’identité d’Amy, comme la nôtre, est un véritable puzzle qui requiert les plus fins limiers pour être dénoué.  

 

William Boyle, Le témoin solitaire, Paris, Gallmeister, sortie le 22 août 2019, 304 pages, 9,50 euros.

Visuel : couverture du livre

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