Fictions
Fleur de sang, d’Emmanuel Robert-Espalieu : une tragédie en cinq actes

Fleur de sang, d’Emmanuel Robert-Espalieu : une tragédie en cinq actes

04 novembre 2022 | PAR Bernard Massoubre

Connu comme auteur de théâtre, Emmanuel Robert-Espalieu nous offre son premier roman Fleur de sang. Ses débuts comme romancier sont prometteurs.

Le livre raconte l’amour impossible, difficile, entre le fils d’un comte et la fille d’un bourreau. Mais c’est aussi la description d’une ville de province au XVIIe siècle et de ses habitants : le comte, le prévôt, le bourreau et les gens du peuple. Sans oublier le curé.

Sur de nombreux points, l’intrigue rappelle les romans noirs d’Oliver Pötzsch (la série La Fille du bourreau), mais avec des scènes de torture moins crues.

Fleur de sang est aussi un roman historique. Emmanuel Robert-Espalieu donne une telle épaisseur à ses personnages que le lecteur devient acteur de l’histoire. Livré aux tourments de cette saga, il est le témoin privilégié d’une tragédie en cinq actes.

Un temps pour gagner

Charles est un homme respecté. Parce qu’il est le fils légitime du comte de Joigny, qui règne sur la ville, et qu’il revient auréolé sur ses terres, après avoir guerroyé avec force et courage. Lors de ses pérégrinations à cheval, il tombe fou amoureux de Marguerite, une jeune femme dont il ne sait rien.

Un temps pour perdre

Le couple veut se marier mais la demoiselle est la fille du bourreau. C’est alors l’heure des choix cornéliens pour Charles. Néanmoins, il choisit de s’unir devant Dieu avec Marguerite. Aussi, par passion, il est répudié par son père (un noble ne peut épouser la fille d’un bourreau) et il doit devenir bourreau (la fille d’un bourreau ne peut épouser qu’un bourreau).

Très vite après la noce, les honneurs et le faste font place aux vexations et aux humiliations. Dans la société de l’époque, il est des choses à ne jamais faire.

Un temps pour tuer

Le bourreau a un statut particulier dans la population : il est à la fois craint, méprisé et respecté. Dans son exercice professionnel, il obéit à un rituel précis qu’il ne peut transgresser. Il doit par exemple procéder aux exécutions dans les règles de l’art, et la souffrance du supplicié est codifiée en fonction du crime commis. Il a aussi une place définie à l’église.

Avant de succéder à son beau-père (dit Corbeau), Charles a une période d’apprentissage. Il s’exerce sur des mannequins en paille, puis sur des animaux morts et vivants. Au programme des réjouissances : le pilori, la décollation, l’écartèlement, avec en préambule la question (forme d’interrogatoire pendant l’Ancien régime).

Ce métier le dégoûte mais il n’a plus le choix. Non sans mal, il arrive toutefois à préparer les instruments pour Corbeau.

Un temps pour sauver

Le bourreau en titre, le père de Marguerite, a deux passions : l’étude de l’anatomie du corps humain et la préparation de produits pour soigner. Avec le soutien de son épouse, Charles découvre alors un monde qui le fascine. Toutes les nuits, il élabore avec succès onguents et pommades contre la goutte, les rhumatismes ou les maladies de peau. L’antre de Corbeau est devenu son royaume.

En quelques mois, Charles, bourreau honni par le peuple, est devenu le « bon bourreau ». Il soigne des gens de toutes conditions, en commençant par les gueux de la Cour des miracles. Il est aussi préféré au médecin, jugé trop cher et incompétent.

En faisant preuve d’abnégation, le mari de Marguerite marche enfin sur le chemin de la rédemption.

Un temps pour mourir

Mais l’état de grâce est de courte durée. En effet, Marguerite est atteinte d’un mal incurable. Charles prend alors conseil auprès d’un sombre médecin italien. La solution du praticien est sans appel : Charles doit déterrer des cadavres humains dans un but thérapeutique. Et il le fera de nouveau par amour.

Dénoncé pour ses actes odieux, il est condamné à l’écartèlement devant le Roi-Soleil, qui assistera au supplice pour l’exemple et pour appuyer son autorité auprès de ses sujets.

Le gendre de Corbeau accepte la décision du prévôt, qui est aussi son frère, pour des gestes qu’il assume. Alors, dans un dernier geste de bonté, Marguerite et les anciens amis de Charles élaborent un plan pour éviter que ce dernier ne meurt écartelé par quatre chevaux.

Le titre du roman d’Emmanuel Robert-Espalieu, Fleur de sang, est un oxymore, car la vie et la mort ont des statuts distincts. En effet, on est l’un ou l’autre, jamais les deux en même temps. On est mort ou on est vivant, sauf peut-être en ce qui concerne les personnages de ce roman.

Fleur de de sang d’Emmanuel Robert-Espalieu. Éditions Michel Lafon. 19,95€, 414 pages.

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