Fictions
Dans « Fièvres rouges », Judith Rocheman magnifie l’amour et la ferveur militante

Dans « Fièvres rouges », Judith Rocheman magnifie l’amour et la ferveur militante

16 novembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Dans son premier roman, Judith Rocheman s’attache aux destins de deux femmes, Julia et Émilie. Elle nous conduit dans le Paris des années 1950, dans l’ambiance de la guerre froide, dans les secrets du parti communiste français d’alors.

Un drame intime et politique

Auréolée d’une histoire familiale glorieuse, Julia intègre en 1951 la cellule du parti communiste dirigée par Sergueï, avenue d’Italie à Paris. Elle est étudiante en journalisme, son père est mort en héros pendant la guerre d’Espagne lors de la défense de Madrid. Julia est indifférente aux avances de Sergueï mais succombe au charme d’Émilie, son épouse. Une histoire d’amour débute entre les deux femmes. Très vite, des soupçons de trahison vis-à-vis du PCF pèsent sur Sergueï. Sa réaction est violente lorsqu’il découvre la relation entre Julia et son épouse. Julia, devenue journaliste à Libération, doit enquêter sur Sergueï, l’ambiance devient très tendue, le suspense s’accroît… Puis Sergueï disparaît. Julia mène une brillante carrière de journaliste alors que le malheur frappe Émilie.

Un roman historique

Le lecteur peut se laisser séduire par ce premier roman. Au-delà de l’histoire d’amour, le patriarcat et les violences faites aux femmes sont au cœur du livre, même si le personnage de Sergueï est un peu caricatural. Dans les années cinquante, les idées féministes restent confidentielles, et même au PCF elles sont minoritaires. La description des affres d’un avortement clandestin est saisissante. Le fonctionnement du parti communiste d’alors est bien décrit ainsi que toute la société parallèle qui lui est liée. Les conflits, les complots, les purges dans l’appareil contrastent avec la foi et le dévouement des militants. Des militants déchirés par la mort de Staline puis par la révélation de ses crimes. L’angoisse est oppressante lors du voyage de Sergueï et Julia à Moscou. Le suspense s’installe progressivement, les tensions s’accentuent, le drame parait inévitable. Le livre devient presque un roman d’espionnage et la guerre froide est présente au cœur de Paris. Les rebondissements se succèdent jusqu’à une fin de roman très réussie, de grande intensité dramatique. Enfin il y a le portrait de ces deux femmes admirables, Julia et Émilie. Julia, c’est l’énergie, l’héroïsme, l’intelligence, un idéalisme lucide aussi. Émilie, c’est le courage au quotidien, dans le malheur, l’abnégation, la fidélité absolue à ses convictions. Grâce à elles le roman est émouvant, le lecteur va y adhérer totalement, au-delà de son intérêt historique.

Judith Rocheman, Fièvres rouges, Plon, 20 euros, 382 pages, sortie le 27/10/2022.

Visuel : © couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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