Fictions

Bernhard Schlink : Olga Une femme allemande

Bernhard Schlink : Olga Une femme allemande

10 février 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Bernhard Schlink relate la vie d’une femme allemande tout au long du 20ème siècle. L’auteur du Liseur dépeint une héroïne positive et dresse un formidable portrait de femme.

Orpheline dès sa petite enfance, Olga est recueillie par sa grand-mère en Poméranie. C’est une enfant solitaire qui se lit d’amitié avec le fils d’un grand propriétaire, Herbert. Amis d’enfance puis amants, Herbert est destiné à la carrière militaire et Olga devient institutrice en Prusse orientale. Elle s’occupe également d’un jeune enfant Eik qui vit dans une ferme voisine de son école. Herbert est porté par un besoin d’évasion, un amour de l’immensité et des paysages désertiques. C’est un aventurier et un explorateur né. Il fera de nombreux voyages, d’abord en Afrique puis en Argentine et en Carélie avant de monter en 1913, une expédition en Arctique dans laquelle il disparaitra sans laisser de traces. A la veille de la deuxième guerre mondiale Olga est subitement devenue sourde et devient couturière en Silésie.

La deuxième partie du livre se situe pendant les années cinquante en Allemagne de l’ouest : Olga est toujours couturière et s’attache à une famille, en particulier au plus jeune fils Ferdinand. Il recueille peu à peu les confidences d’Olga et auprès d’elle une profonde compréhension. Bien après son décès, veuf et retraité, il pense toujours à Olga. Il veut en être le biographe et commence une enquête au sujet de son intrigant passé. Cela le conduit en Norvège à Tromso où il retrouve les lettres qu’Olga envoyait à Herbert en post restante. Ce sont de très belles lettres d’amour mais qui expriment aussi l’angoisse et la colère contre les chimères funestes d’Herbert. Elles révèlent la difficulté du deuil et le courage de cette femme modeste qui se révoltera contre le nihilisme et le désir d’anéantissement de son compagnon et de sa patrie.

Olga est une personne douce, aimante et intelligente. Le couple qu’elle forme avec Herbert puis ensuite sa relation avec Ferdinand sont décrits avec beaucoup de tendresse. Herbert apparait plus secret, plus rude et son besoin d’aventure traduit un vide existentiel. Il voulait se perdre dans l’immensité et dans le néant. Olga mènera donc une vie solitaire et d’attente. La situation politique de l’Allemagne est évoquée tout au long du récit : Olga déplorera toute sa vie le funeste rêve de grandeur de l’Allemagne depuis Bismark. Les lettres d’Olga révéleront son entière personnalité et son destin tragique qui va rencontrer celui de l’Allemagne. C’est un livre très bien construit maintenant un suspense et une ambiance « romanesques ». Il repose entièrement sur la personnalité rayonnante, et tellement attachante d’Olga.

Bernhard Schlink, Olga, Gallimard, 267 pages, 19 Euros, sortie le 12 01 2019.

visuel : couverture du livre

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