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Fabrice Papillon : « J’aborde de façon scientifique ce qui peut paraître non scientifique »

Fabrice Papillon : « J’aborde de façon scientifique ce qui peut paraître non scientifique »

18 janvier 2022 | PAR Bernard Massoubre

Aliénés est un thriller à multi-facettes, avec une intrigue policière haletante, une plongée dans les sciences et une interrogation métaphysique. Fabrice Papillon est journaliste, vulgarisateur scientifique, producteur de films et écrivain. Aliénés est son troisième roman. Nous avons rencontré cet auteur le 3 janvier 2022.

Comment êtes-vous passé de journaliste à vulgarisateur scientifique puis à auteur de thrillers ?

Par la philosophie. Elle m’a conduit à la bioéthique, j’ai collaboré à ce sujet avec Axel Kahn. Je me suis ensuite intéressé aux actualités scientifiques (films, télévision), puis par « divertissement » aux polars. C’est un bon cadre pour développer mon imagination.

On est impressionné par la qualité et la pertinence de vos sources. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En fait, c’est un mélange alimenté par les gros documentaires que j’ai produits. Par exemple celui sur les OVNI. J’aborde de façon scientifique ce qui peut paraître non scientifique. Ensuite, il y a une seconde couche plus approfondie avec des documentations. Le temps de sortie d’un roman est de deux ans : un an pour la réflexion et le plan détaillé, et un an pour l’écriture.

Existe-t-il dans la littérature policière d’autres assassinats dans l’espace ? Autre particularité de votre thriller : cette enquête de police dans une institution militaire.

Concernant le domaine spatial, celui de l’ISS, je ne crois pas qu’il y ait d’autres meurtres décrits dans la littérature policière. C’est vrai que les policiers interviennent peu dans les armées. Dans les deux cas, mes connaissances m’ont permis d’en parler avec précision. Et puis, nous avons la base aérienne 942 Lyon-Mont Verdun. Elle est le principal site opérationnel du commandement de défense aérienne. La personnalité du commandant Louise Vernay m’a beaucoup aidée. C’est un personnage atypique, un peu bipolaire, qui sort de la masse. Et elle est brillante.

Pouvez-vous nous parler des arêtes de poisson ?

Je n’ai malheureusement pas pu les visiter. C’est un réseau de galeries souterraines de Lyon, avec une galerie principale (la colonne vertébrale) et des galeries latérales (les arêtes). J’ai eu accès à des ressources documentaires très précises. Elles sont encore un mystère. Il y a notamment une grosse pierre à l’entrée d’un réseau d’arêtes, on l’appelle pour cette raison le gardien. On ne comprend pas pourquoi, et comment, elle est arrivée là. La disposition de ces arêtes est similaire aux panneaux solaires de l’ISS, je m’en suis servi pour mon intrigue. Mais le point de départ de tout cela est la xénobiologie.

Vous parlez de la xénobiologie que vous avez développée avec le hachimoji. Qu’en est-il ?

La xénobiologie est une matière qui me passionne, comme la bioéthique. Elle est peu connue en France. C’est une discipline qui crée par biologie de synthèse des organismes vivants, non répertoriés sur la Terre. L’hachimoji est un ADN synthétique de 8 bases. Ce nom signifie « 8 lettres » en japonais. Les recherches ont été co-financées par la NASA dans la perspective de faire exister des ADN à plus de 4 bases. L’idée est de montrer qu’on peut traiter d’autres formes de vie. C’est une construction artificielle. Les propriétés pharmacologiques et pathologiques du H8, décrites dans Aliénés, ne sont pas avérées. Elles servent seulement l’intrigue du thriller. En revanche, les informations sur le microbiote intestinal sont exactes. J’ai d’ailleurs fait un livre et un film à ce sujet : Le ventre, notre deuxième cerveau.

Vous n’êtes pas tendre avec Interpol, dont le siège est à Lyon…

Mes propos ne sont pas polémiques. Ils sont fondés sur une réalité scientifique, proche du terrain. Je n’invente rien.

Aliénés est un mélange troublant de faits connus et de découvertes. Comme par exemple l’agent de la toxoplasmose, le trésor des jésuites ou les bactéries extrêmophiles.

Oui, je suis dans mon rôle de vulgarisateur scientifique. C’est ce que je fais dans tous mes livres. En revanche, le trésor des Jésuites est une invention de ma part. C’est un clin d’œil au trésor des Templiers.

Un ADN à 8 bases témoignerait d’une présence extra-terrestre possible ? En quoi, il signe la présence de Dieu ?

Sur notre Terre, le génome est constitué de 4 bases. Un ADN à 8 bases serait en faveur d’un apport extraterrestre. Dans mon roman, il prouve la présence des Élohim. Il ne faut pas se méprendre sur mes propos. Pour moi, c’est juste une idée pour alimenter la partie ésotérique de l’intrigue, avec le Jésuite. Je combats ces pseudo-théories, distillées entre autres par la secte de Raël.

Élohim est un nom masculin mais surtout pluriel. Vous développez l’idée de plusieurs Dieux, n’est-ce-pas ? Pour Maïmonide dans Le guide des égarés, Élohim serait l’ensemble des puissances, c’est-à-dire un Dieu tout puissant, le Tout-puissant.

Je pense qu’il faut sortir du dogme des religions. Élohim est une entité supérieure. Dans mon livre, il est présent dans une discussion entre Vernay la policière et Lupo le Jésuite. Élohim, forme plurielle, donne lieu ainsi à plusieurs interprétations. Mais je n’ai pas fait une exégèse de la Bible.

Et Dieu dans tout ça ? Et quel lien faîtes-vous dans le roman entre la foi et la science ?

Dans mes romans, Dieu tient une place qui oscille entre le moyen de distiller des messages philosophiques et ésotériques, pétris de mystère, et qui interrogent la raison, et même la rationalité. C’est aussi un moyen d’exercer une emprise historique profonde. Donc la religion et les personnages religieux sont souvent le moyen pour moi d’agrémenter mes intrigues de réflexions, situations et faits mystiques et ambigus.
Concernant le lien entre la foi et la science, on peut être un homme de foi et un homme de science, comme les Jésuites astronomes du Mount Graham, et tant d’autres. L’un n’empêche pas l’autre. « Dieu dit comment on va au ciel, et non comment va le ciel » disait Galilée.

Quel est le pouvoir de nuisance des GAFAM et NATU (pour Netflix, AirBnB, Tesla et Uber) ?

C’est un pouvoir oppressant qui a un rôle crucial dans l’intrigue d’Aliénés et dans la vie quotidienne. Le poids des GAFAM/NATU est colossal sur les esprits parce qu’ils véhiculent des idées pseudo-scientifiques et des théories complotistes. A ce sujet, mon roman est en adéquation avec le film Don’t look up qui vient de sortir sur Netflix avec Leonardo DiCaprio. La parenté de thématique est incroyable. C’est une dystopie.

Fabrice Papillon, Aliénés, PLON, 512 p., Sortie le 14/10/21,
visuel © couverture du livre

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