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Pourquoi tant de haine: Jean-Charles Chapuzet pose la question dans Le cri de la cigogne

Pourquoi tant de haine: Jean-Charles Chapuzet pose la question dans Le cri de la cigogne

24 septembre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Jean-Charles Chapuzet décrit un fait divers survenu dans un village hongrois. Le drame va bouleverser la vie d’Emma alors âgée de 12ans et raviver les démons de la Hongrie.

Un fait divers épouvantable

«Une silhouette aux longs cheveux flottants surgit devant la voiture du professeur d’histoire». Elle semble être Tzigane. Le drame est survenu le 15 octobre 2006 à Olazshalom. Eva, alors âgée de 12 ans, en a été la victime, ainsi que son père, le professeur d’histoire, et son frère Laci. Olazshalom est un village hongrois célèbre pour son vin le Tokaj et ses cigognes. «Paisible et multiculturel», il est peuplé d’une forte minorité tzigane. Un seul juif y demeure encore, un artiste sculpteur. Le drame sera le pivot du livre, il va bouleverser la vie d’Eva, de sa famille, de la Hongrie toute entière. Mais l’auteur ne le révèle que peu à peu, quand Eva égrène ses souvenirs, souvent pendant ses entraînements de natation.L’adolescence d’Eva sera chaotique, sous l’emprise de la haine, du désir de vengeance, de pulsions de mort. Avec son ami Tibor elle plonge à 17 ans dans la drogue et dans la mouvance de l’extrême droite violente. Grâce au sport et à son grand père Andras puis à son nouvel ami, Dani elle va pouvoir se reconstruire. Eva restera «une combattante» mais fragile, confrontée au poids du drame, à l’impossibilité du pardon.

Un drame qui ne passe pas

Le cri de la cigogne est un roman écrit à partir d’un fait divers réel. Le style de Jean- Charles Chapuzet est rapide, haletant, efficace, parfois familier ou truculent. La construction du roman est habile, ses descriptions sont saisissantes comme celle de la station service d’Olazshalom: la désolation de l’endroit est parfaitement mise en scène. L’auto-stoppeur illustre le racisme ordinaire dirigé surtout contre les tziganes et les passages consacrés à l’extrême droite sont effrayants. Le personnage d’Eva est haut en couleur, elle est excessive, provocatrice, choquante parfois, mais aussi attachante .Juste avant le drame , au pied d’une synagogue abandonnée, la leçon sur l’antisémitisme, du professeur d’histoire à ces enfants est poignante. L’histoire politique de la Hongrie est au cœur du livre .L’auteur explore les opinions politiques, des Hongrois leurs fantasmes aussi. Le pays se sent isolé, incompris en Europe, la nostalgie de la grande Hongrie d’avant 1920 est toujours présente. La personnage de Viktor Orban occupe une place majeure dans le récit, le premier ministre sera l’objet de nombreuses discussions enflammées entre Eva et son frère.
Jean- Charles Chapuzet expose les faits plus qu’il ne les juge mais la force de ce roman est dans la description du paradis brisé d’une adolescente et dans cette question lancinante: pourquoi tant de haine?

Jean-Charles Chapuzet, Le cri de la cigogne, Robert Laffont, 324 pages, 19 Euros, Sortie le 26 Août 2021
visuel : aff-fiche du livre

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