Essais
« ÔFéminin PointConne » : De chair et de gras

« ÔFéminin PointConne » : De chair et de gras

26 novembre 2014 | PAR La Rédaction

 ÔFéminin PointConne est un livre sous forme de magazine féminin. Et comme l’industrie papier se porte mal, il est important de parler des nouveautés. Avec un tel titre, Lorina Chattinski, la rédactrice en chef, avait réussi à nous  faire mordre à l’hameçon. Curiosité attisée, nous avons tout de suite feuilleté les pages de ce « magazine » à la couverture vendant du rêve.

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Au sommaire, des articles de fond (« Sexe : se forcer c’est le ciment du couple »,  un petit clin d’œil à Elle qui titrait « La fellation, le ciment du couple ? »), des témoignages  (« Je suis sortie de chez moi non épilée ») et des tests culpabilisants (« Quelle mauvaise mère êtes-vous ? »).

Les marques : nos pires ennemies ?

A l’intérieur, la pub est omniprésente, tout comme les vrais magazines féminins. Mais à mieux y regarder, ce sont en fait des pubs détournées, pointant du doigt l’absurdité des poses de mannequins, où les femmes sont assujetties aux hommes, et des produits à prix exorbitants qui nous garantissent – preuve à l’appui (merci Photoshop) – jeunesse et raffermissant éternel de la peau, jusque dans la tombe.  Les marques sont risées. Pucard, Façonnage, Désigueul, Chanul et mon préféré, Esprout.

Mais ne vous méprenez pas, ce faux magazine aux articles parodiques n’a pas pour objectif de culpabiliser encore plus ses lectrices. Lorina Chattinski, la rédactrice en chef de ÔFéminin PointConne s’explique « on ne se moque pas des lectrices, mais de ces magazines qui nous enchaînent et nous complexent. La presse féminine, on l’a lue et aimée, on lui a fait confiance, jusqu’au jour où on a compris qu’elle nous traitait mal. »

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Une image de la femme qui nous renvoie à tout ce qu’on n’est pas.

Dans le (faux) courrier des lecteurs qui est hilarant, on peut lire « Cher ÔPPC, tu me donnes envie de régler des problèmes que je n’avais pas avant de te lire ».

Là est bien le problème. N’avez-vous jamais eu le sentiment de vous sentir conne en lisant un magazine féminin ? Nous si. Et pourtant, nous n’échappons pas au petit plaisir d’acheter toute une pléiade de magazines pour gonzesses quand nous prenons le train ou l’avion. Heureusement pour notre  part, ça  n’arrive pas souvent. Et depuis quelques temps j’ai remplacé ces magazines par mon Ipad, et nous regardons des séries un  peu moins bêtes (juste un peu, mais c’est suffisant). Mais en toute honnêteté, il nous arrive encore de feuilleter des magazines féminins. Pire, d’en chiper dans la salle d’attente de notre  kiné, qui elle les achète fréquemment, donc en plus nous ne nous retrouvons pas avec un numéro d’il y a 3 ans.

Et si nous parlons de nous, c’est pas parce que  les magazines féminins nous font croire qu’ils parlent de nous. Or, justement, notre problème depuis quelques temps c’est que nous ne comprenons rien à ce qu’il s’y dit. Un langage de trentenaire auquel nous ne parvenons pas à nous identifier, tout comme les références utilisées. Du Chinois ! Sans parler de la norme de la femme d’aujourd’hui : trentenaire (qui en parait 20), élancée, bien sapée, méga frangée, qui a du temps pour elle, mais aussi pour ses gosses, qui a (ou attend) l’homme parfait. Qui fait du 38 après son accouchement. Qui mange sans gluten. Qui fait du yoga entre deux réunions ultra importantes. Qui a déjà tenté le plan à 3. Qui adore la fellation (sans même chercher à sauver son couple). Qui s’est mis aux cupcakes pour épater son mec. Qui a déjà tenté avec une fille. Qui porte des Louboutins pour faire son marché (bio). Et qui pense que le SM est un moyen génial pour mettre du piment dans sa vie de couple. Bref, un magazine féminin, ça aime les superlatifs.

Dans tout ce descriptif, avouons le, nous le disons honteusement, on se résout face à l’évidence, il y a une chose qui est vraie. Oh que nous avons honte.  Nous avons appris à faire des cupcakes et nous adorons ça !

Tout ça pour dire que nous ne devons pas être les seules à ne pas nous y retrouver ! D’où l’existence de ce bouquin, et du site web qui l’accompagne. Et puis, le Français a son importance. Sujet, verbe, complément. Et avec un peu d’audace, un COI. Faites un effort dans l’écriture ! Arrêtez de vouloir calquer un monde qui n’existe pas, avec des hashtag et des selfies d’allumettes chevelues.

Presse féminine, presse culpabilisante

Ô Féminin PointConne fait du bien. Bourré de lapalissades du style « Pour maigrir, il suffit de ne pas manger » énoncé comme une découverte aussi cruciale que le premier pas sur la Lune (Houston we have a problem), il déconstruit les schémas exposés dans tous les magazines féminins.

Vous allez rétorquer « Mais Causette est là, on n’a plus besoin de nous dire qu’il nous en faut dans le cerveau ».  Et vous vous trompez. ÔFéminin PointConne n’est pas là pour vous rendre plus intelligente, en proposant des articles d’investigation. Il est juste là pour vous dire que vous êtes déjà intelligente et que si vous continuez à lire ces foutus magazines (qui sont à la botte des marques), vous allez finir par ne plus penser du tout. D’ailleurs, sur leur site web, ÔFPC s’en prend aussi à Causette « qui depuis sa création affecte de s’auto-étiqueter comme magazine féministe, a enfin fait son coming out et a eu le courage d’admettre que cette blague concernant sa ligne éditoriale n’avait que trop duré. »

Côté régime amaigrissant, le Dr. Pierre Dukon (toute ressemblance avec un personnage réel n’est que fortuite) en prend aussi pour son grade. J’ai aussi fait le test « Quelle mauvaise mangeuse êtes-vous » et nous  nous retrouvons à égalité entre « Vous êtes une mangeuse excentrique » qui aime la bouffe  et qui est en paix avec son corps ; et « Vous êtes une mangeuse malsaine » dont le rapport à la nourriture témoigne d’une incapacité à prendre le contrôle sur ses émotions.

Dans le premier cas, les résultats concluent qu’ « en me libérant de l’emprise des magazines, je ne rapporte plus d’argent » et nous  sommes donc des êtres égoïstes qui ne pensons pas à l’industrie cosméto et à la survie de la presse féminine. L’autre révèle que l’essentiel c’est que ce résultat nous colle un bon « gros coup de cafard » qui nous poussera à nous réfugier dans l’achat compulsif. Car nous, Fâmes, ne sommes bonnes qu’à faire du shopping.

Vous l’aurez compris, les tests de ce magazine cherchent à pointer du doigt l’incohérence de ces portraits dressés à partir de quelques réponses données à des questions bidons, où souvent on répond par « la moins pire des possibilités » (comme pour les élections présidentielles). Et hop, ni une ni deux, on est catalogué « mauvaise amante », « indigne mère », « amie possessive » alors qu’on avait rien demandé !

ÔFPC est un livre attachant, drôle, déculpabilisant, même si parfois un peu facile. Pour vous faire une idée, allez sur le site web ici.

OFéminin PointConne, éditions Denoël, 15,50€

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