Essais
Matthieu Suc, Renault. Nid d’espions

Matthieu Suc, Renault. Nid d’espions

28 décembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Journaliste au « Parisien » et à « France Soir », Matthieu Suc publie une enquête sur le scandale qui a touché Renault.

L’AFFAIRE RENAULT

« Ta carrière, tout est arrêté, tout est fini, à l’instant même tu quittes ce bureau. Tu quittes ce bureau, tu quittes Renault, Michel », annonce le drh… « Il est question de corruption et de comptes offshores, ça va être lourd ! », assène le directeur juridique. Nous sommes le 3 janvier 2011, trois cadres auraient trahi l’entreprise. Ils sont donc virés sans ménagement.

L’affaire Renault démarre alors ! S’ensuivent alors nombre d’enquêtes sur la vie privée, filoches, manipulations, fausses factures, fouilles de comptes en banque. Au cœur du dispositif se trouve la source, i.e. l’informateur mystère qui détiendrait la preuve de l’espionnage industriel…

LE THEATRE DE COMPLOTS ET DE COUPS FOURRES

Renault, explique l’auteur, est devenu le théâtre de complots et de coups fourrés. On transporte un adolescent de nuit, dans un coffre de voiture, pour qu’il pirate les ordinateurs des employés. On enquête sur la vie sexuelle des syndicalistes. On fait croire à des ingénieurs qu’ils sont pourchassés par de sanguinaires Tchétchènes, on interroge un sous-traitant dans un faux commissariat. Au final, quatorze salariés sont licenciés sur la base d’accusations farfelues et sept suicidés sont recensés dans les effectifs du techno-centre.

LE MONDE DES BARBOUZES

Le restaurant « Le Boxeur » est le lieu de rendez-vous des barbouzes, à Saint-Etienne « Le pot d’étain » reçoit les mercenaires. Au « Boxeur », on retrouve les barbouzes de Renault. On trouve de tout dans cette affaire, comme par exemple des « boites aux lettres mortes » (chères à John Le Carré) qui sont en réalité une cache utilisée pour communiquer et échanger des instructions sans se rencontrer directement. Pour Renault, il faut vivre avec son temps et donc on utilise une adresse électronique dans un cybercafé pour ne pas laisser de traces. Il suffit de se connecter et d’enregistrer le message dans le dossier brouillon. Le destinataire doit alors se connecter et procéder de cette manière, de façon à ce qu’il n’y ait pas de traces.

UN « AVOCAT D’ETAT »…

Fruits de trois ans d’enquête, cet ouvrage propose (à travers de nombreux témoignages et documents inédits) une plongée hallucinante dans une entreprise mythique où les barbouzes manipulent les polytechniciens. Le plus surprenant, c’est l’attitude du PDG – Carlos Ghosn – qui est resté à son poste et qui avant d’aller au 20 heures de TF1 avoue benoîtement à Claire Chazal : « je vais dire que j’ai des preuves, sinon j’aurais l’air d’un con »…

Cette histoire montre comment fonctionnent les grandes entreprises publiques et les services de l’Etat. On voit l’Elysée conseiller la direction de Renault de déposer plainte pour espionnage à Nanterre, car le procureur y est «  plus servile », alors que Paris possède une compétente nationale. L’Elysée choisit également l’avocat de Renault, raison pour laquelle l’auteur parle d’« avocat d’Etat ». Tout le monde calcule cyniquement, mais quid de l’intérêt social de l’entreprise ?

Tout ceci est passionnant et parfois on se demande si tout est vrai tellement l’affaire est rocambolesque. Une bonne lecture !

Matthieu Suc, Renault. Nid d’espions, Editions du Moment, novembre 2013, 432 p., 19,95 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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