Essais
« L’Inde selon Modi », par Shashi Tharoor

« L’Inde selon Modi », par Shashi Tharoor

09 mars 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Narendra Modi est le premier ministre de l’Inde depuis 2014, réélu en 2019. Sous sa férule, la plus grande démocratie du monde risque- t’elle de se transformer en un régime populiste et autoritaire ? Dans cet essai Shashi Tharoor répond à cette question et éclaire le lecteur sur la situation politique de l’Inde, peu présente dans notre actualité.

Narendra Modi c’est « le trident de Shiva et la souris », l’alliance de la tradition hindouiste et de l’informatique, du nationalisme et du libéralisme économique. Shashi Tharoor s’attache d’abord à la personne de Modi. D’origine modeste, il est né en 1950 dans le Gujarat. Il a intégré enfant le RSS, mouvement ultra nationaliste hindou (dont l’un des membres a été responsable en 1948 de l’assassinat du Mahatma Gandhi). Il est décrit comme solitaire, travailleur, intelligent mais aussi autoritaire et rigide. L’auteur raconte son ascension dans le BJP (parti nationaliste hindou) et son élection comme premier ministre du Gujarat en 2002. Malgré son rôle trouble dans les émeutes confessionnelles qui ont ensanglanté l’état en 2002, ce poste lui servira de tremplin vers la conquête du pouvoir central. L’auteur relève dès son premier mandat des tendances inquiétantes comme l’exaltation nationaliste, la stigmatisation des minorités et des musulmans en particulier, la personnalisation du pouvoir. Alors quelles sont les conséquences pour l’Inde ? Le pays est sous l’influence croissante de l’idéologie nationaliste hindoue, l’Hindutwa, et s’éloigne de l’Inde diverse, séculaire, plurielle voulu par les pères fondateurs. Il en résulte une stigmatisation des minorités et une montée des violences contre les intouchables et les musulmans. L’auteur reproche au gouvernement sa vision réactionnaire de la société et sa relative indifférence aux violences faites aux femmes. Il condamne aussi les manipulations et les intimidations des médias par le pouvoir politique. Il aborde les difficultés économiques du pays et déplore les incohérences de la politique étrangère. En conclusion l’auteur ébauche sa conception d’une « Inde nouvelle », plus inclusive en particulier pour les minorités et pour les plus pauvres.

L’Inde selon Modi est un essai d’abord facile qui ouvre au lecteur une fenêtre sur la vie politique mais aussi sur la culture indiennes. Shashi Tharoor est un écrivain, ancien ministre des affaires étrangères et député du Parti du Congrès. Son point de vue est celui d’un homme engagé, d’un opposant au pouvoir en place. La comparaison avec Trump et Erdogan est éloquente, l’auteur décrit bien en Modi un leader populiste. L’identification du leader au peuple, l’hostilité aux élites, les arrangements avec la vérité des faits sont bien les caractéristiques d’un régime populiste. Les convictions de l’auteur, en faveur d’une Inde tolérante et séculaire sont heurtées par l’évolution politique actuelle. Son opinion est convaincante lorsqu’il plaide pour une protection de la minorité musulmane et pour une amélioration de la condition féminine.

Pour Shashi Tharoor c’est l’identité de l’Inde qui risque d’être profondément modifiée. Il redoute que l’Inde «ne devienne le miroir hindou du Pakistan » en perdant ainsi sa tradition de tolérance au profit d’un nationalisme hindou étroit. Les récentes émeutes confessionnelles qui ont récemment secoué la capitale indienne semblent confirmer les inquiétudes de l’auteur.

Shashi Tharoor, L’Inde selon Modi, Editions Buchet-Chastel, 269 pages, 21 euros, sortie le 5 Mars 2020.
visuel : couverture du livre

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