Essais
« Le siècle vert » : Regis Debray suggère une action universelle pour l’écologie

« Le siècle vert » : Regis Debray suggère une action universelle pour l’écologie

04 mai 2020 | PAR La Rédaction

Auteur du génie français ( Gallimard, 2019), Régis Debray nous propose une analyse philosophique et sociétale d’un des défis majeurs de l’ère contemporaine, la préservation et le sauvetage de l’environnement.
Par Emmanuel GUEDJ

Dès les premières lignes, nous sommes happés par le pessimisme, l’urgence à laquelle nous devons faire face. Nous traversons de New-York à Paris, en passant par Madrid et Bombay, une crise environnementale et internationale inédite. Debray nous rappelle le côté cyclique de chaque civilisation, et la possibilité de nous en sortir avec une prise de conscience réelle de notre entrée dans le siècle vert, avec des actions et non des mots, avec les Occidentaux en tête de cette lutte existentielle. Attention à ne pas aller trop vite au risque de nous brûler les ailes. Son franc parler lui permet de dresser un profil type du pollueur, ennemi de la nature et de l’Homme, sans jamais dénoncer de manière gratuite mais avec un objectif de prise de conscience réelle et une réflexion étayée de concepts philosophiques. Exercice littéraire de haute voltige mais maîtrisé par l’auteur. Son raisonnement est même poussé à l’extrême. Au début de son analyse, Régis Debray s’interroge sur le fait de savoir si, oui ou non, l’Homme mérite d’avoir un avenir, un futur sur Terre au vue de son comportement méprisable, indigne et dévastateur à l’égard de mère nature.
N’hésitant pas à insister sur une destruction qui atteint les coins les plus reculés de notre Terre, Groenland et forêt Amazonienne notamment, le philosophe et médiologue nous démontre avec optimisme, cette fois-ci, la nécessité de prendre exemple sur les cultures orientales. Trop d’énergie dépensée à détruire mère nature. La Terre nous rappelle à l’ordre. Inspirons-nous de tout ce dont nous pouvons pour une transition qui sera certes longue, des décennies peut-être, mais qui reste necéssaire, capitale et vitale. Un cri du cœur de l’auteur pour agir, au risque de périr. Agissons !« 

En opposant Occident et Orient à de nombreuses reprises, ce livre analyse de manière critique mais constructive nos sociétés occidentales victimes du manque de féminisme dans cette lutte pour l’environnement. L’auteur nous expose toujours son point de vue avec de nombreuses références philosophiques mais aussi historiques. Intéressant et probablement juste.
Et si les Femmes mettaient un terme à l’hégémonie masculine, est-ce que la nature et la Terre n’en ressortiraient pas renforcées? Je vous laisse juge. Le sociologue et médiologue nous parle « d’infection virile ». Le terme est fort mais, par cette expression, il souhaite sans doute attirer notre attention sur le fait qu’une implication des femmes dans ce soulèvement serait probablement bénéfique pour la sauvegarde de notre Terre.
Enfin nous redoutons la mort mais ne sommes-nous pas en train de nous suicider de par nos modes de vie? L’auteur se demande (et nous demande de la même manière de nous interroger) si cela n’est pas un moyen de « se cacher de la mort ». Paradoxe intéressant. Nous ne voulons plus voir la mort et ainsi, par extension, nous ne voulons pas voir que nous sommes en train de détruire notre Terre et courir à notre propre perte. Imaginez, visualisez juste un instant un monde sans êtres humains.

Monsieur Debray retrace à travers une chronologie intéressante et documentée l’histoire et les caractéristiques des sociétés au fil des siècles. Après la société industrielle puis communiste, place à l’ère verte, au tout écologique. Ce siècle vert (qui succède au « siècle rouge », celui-ci communiste selon Debray) ou l’environnement supplante le reste en terme de priorité, sera-t-il suffisant à contrer cette destruction programmée. Glaçant, Pétrifiant.
Le siècle vert, qui débute, sera donc celui de la lutte, de la survie. Une nouvelle religion est en train de naître, vouant un culte au bio, opposant comme souvent l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud. Une alliance serait préférable pour tous. Cet ouvrage mentionne, à juste titre, le besoin d’être prudent face aux extrémismes, aux identitaires de l’écologie en lutte parfois violente contre les mécréants que seraient les climato-sceptiques. Ne faisons pas de ce combat un nouveau totalitarisme. Vert, cette fois-ci.

Les politiques vont-ils être à la hauteur de ce défi ? Les citoyens vont-ils continuer leurs efforts et la prise de conscience sera-t-elle totale et assez sincère pour le sauvetage de notre environnement ? Enfin un leader charismatique va-t-il éclore de ce chaos ? Tant de questions que décrit de manière si juste l’auteur.
Documenté et très rarement moralisateur sur un sujet aussi délicat et plus que d’actualité, cet ouvrage est accompli pour une réflexion approfondie sur notre entrée dans le siècle vert et le challenge de taille auquel nous avons été, nous sommes et nous serons confrontés.
Debray nous livre à travers ce livret, une analyse fine, avec un œil philosophique. Jonglant à la fois entre optimisme et pessimisme, le lecteur aura la tâche de se faire sa propre opinion sur un sujet aussi délicat que subtil. A nous de jouer.

Régis Debray, Le siècle vert, Gallimard, Tracts, 64 pages, 4.90 euros. Parution le 09 Janvier 2020.

Régis Debray est né le 2 Septembre 1940 à Paris, fils d’un avocat parisien et d’une ancienne résistante. Il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Normale d’ULM en 1960 puis est agrégé de Philosophie en 1965 avant son départ pour Cuba. Militant communiste, il s’engage auprès de Ché Guevara qu’il suit quelques années avant d’être emprisonné par les forces boliviennes. Il sera finalement épargné d’une condamnation à mort grâce notamment à l’intervention de Sartre. Regis Debray rentre finalement en France en 1973.

visuel : Couverture du livre

 

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