Essais
Le Régent de Philippe Erlanger

Le Régent de Philippe Erlanger

11 juin 2015 | PAR Franck Jacquet

Les biographies historiques de Perrin s’enrichissent d’une nouvelle édition de la biographie de Philippe Erlanger. Habitué du genre, il dépeint cette fois le parcours du Régent, ce personnage éclipsé de la Monarchie absolue d’Ancien Régime, écrasé entre Louis XIV et Louis XV et alors que son passage aux affaires a depuis quelques décennies été revu et réévalué par les historiens. Une approche romancée de la biographie qui ne néglige pas une belle restitution du contexte.

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Un Orléans au cœur de la Monarchie absolue
Philippe d’Orléans est le fils de Monsieur, frère du Roi Soleil. Il est donc d’emblée dans une situation ambiguë. Il est proche du trône, figure parfois parmi les successeurs potentiels – Louis XIV survit à tant d’héritiers ! – mais il représente cette branche cadette qui toujours doit être gardée éloignée, elle est associée à « l’originalité bouffonne » du chef des Orléans et à la Palatine, rustre et robuste bavaroise passionnée de chasse, si raillée au sein de la Cour. C’est donc bien cette constante des ordres et des dignités qui va pré-déterminer le parcours d’un jeune homme robuste, plus que nombre des enfants légitimes ou légitimés du Roi.
Philippe est dépeint comme un fidèle parmi les fidèles de la Monarchie absolue et de du Roi lui-même bien qu’il ne partage pas toutes ses orientations. Il est dévoré par son service, le service du noble aux armes dans les campagnes du Nord et de l’Est contre les Habsbourg et les Provinces-Unies particulièrement. Comme tout grand noble, il fait donc la guerre, il peut s’adonner à de la diplomatie comme en Espagne durant la Guerre de Succession qui s’y déroule pendant une grande décennie, il peut donner indirectement quelques opinions sur les affaires du Royaume, encore que… Il accède au rang de chef de la lignée cadette à la mort de Monsieur mais ne se départit nullement de sa déférence vis-à-vis de la Couronne. Il navigue entre les clans de la Cour, sans que jamais on perçoive réellement s’il parvient à être un leader ou un suiveur de ceux-ci avant la mort du Roi. L’ouvrage se soucie de ces aspects sans les hiérarchiser, ce qui brouille un peu la compréhension qu’on peut avoir de son poids réel.
Le tiers de la vie est consacré à une période finalement assez courte de la vie de Philippe. Celle de l’agonie royale, du moment où il est poussé à devenir plus que chef de clan, responsable de la Monarchie et surtout la période où il accède au rang de Régent, Louis XV étant trop jeune. Il se révèle rapide, quelque peu cruel – est-ce évitable ? – dans la transition et notamment dans l’affaire de l’invalidation du testament de Louis XIV. Il écarte ainsi les bâtards légitimés. C’est un peu la revanche de Paris, de son Parlement, de cette haute Cour enfermée dans cette cage d’or par le poids d’un roi présent depuis les années 1640 ! Philippe incarne alors la recouvrance d’un Royaume malmené par les projets personnels de son prédécesseur : il adopte un système de gouvernement où les ministres prennent plus de poids et où des équilibres plus subtils mais aussi plus fragiles sont la règle : il mène un travail de recouvrance à destination de la population, surtout de l’économie hexagonale, assure la paix… Evidemment, on retient de lui ses échecs : notamment la faillite du genre biogdu de Law et de son système financier et banquier, trop moderne pour son temps. Il échoue aussi à calmer la guerre interne minant l’Eglise de France, entre jésuites et jansénistes. Il est de même dépassé par la vague de l’anglomanie dans laquelle il est pris et qui reflète le basculement vers le pouvoir des mers à l’Angleterre. Il incarne pourtant et favorise cette amorce de beau XVIIIe siècle.

Les forces déterminantes du siècle
En effet Philippe Erlanger restitue bien un contexte fait de germes de désunion. Au fond, en ce début du XVIIIe siècle, c’est l’abaissement de la formule louis-quatorzienne du pouvoir qui est au jour : retour des Parlements et des corps intermédiaires, affrontements religieux, déclin relatif des systèmes économique et militaire de Vauban et du colbertisme… Philippe d’Orléans, les historiens l’ont montré, a quelque part tenté de réconcilier la France avec les avancées de deux générations, celles que ne pouvait saisir le vieux monarque. L’auteur fait ressortir ce contexte mais parce qu’il s’attache à la personne de Philippe, aux secrets d’alcôves, un topos de ce genre de biographie historique, il s’interdit –et ne cherche pas réellement – l’analyse de ce contexte et de ses forces profondes. La coulisse qui intéresse Philippe Erlanger est bien celle de la relation au charisme royal, des difficultés d’une relation d’alliance matrimoniale avec une jeune femme de rang inférieur… Dans ce cadre il nous est donné à voir quelques personnages pour le moins singuliers et distrayants, particulièrement celui de la fille préférée de Philippe, car il reste bien dépeint en personnage au sens familial particulièrement développé.

Philippe d’Orléans est donc la réédition d’une biographie non universitaire mais parvenant à resituer, avec les avantages de l’approche biographique aux accents « sentimentaux », un personnage dans une histoire plus longue, ce qui est loin d’être vain pour des acteurs écrasés par notre regard souvent fixé sur les souverains seuls…

Visuel : couverture

Informations :
TITRE Le Régent
Auteur Philippe Erlanger
Editeur Perrin – Tempus
Collection Tempus
Date de parution Janvier 2015
Pages 391 p
ISBN 978-2-262-03350-7

TARIF – 10 euros

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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