Essais
Hervé Le Bras en fait la démonstration: Il n’y a pas de grand remplacement

Hervé Le Bras en fait la démonstration: Il n’y a pas de grand remplacement

21 mars 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Les prédictions passées ne se sont pas réalisées et les conditions démographiques ne sont pas réunies pour un grand remplacement. Le démographe Hervé Le Bras le démontre chiffres à l’appui.

Une démonstration chiffrée:

«Certaines personnes parlent du grand remplacement: les populations européennes, blanches et chrétiennes étant menacées d’extinction suite à l’immigration musulmane provenant du Maghreb et d’Afrique Noire, pensez vous qu’un tel phénomène puisse se produire en France». 61% des personnes interrogées ont répondu positivement à cette question du sondage réalisé par l’institut Harris Interactive en octobre 2021.
Pourquoi une telle crainte? Hervé Le Bras interroge d’abord l’histoire. La crainte de la dénatalité, face à l’Allemagne a hanté la 3ème république. La peur de l’invasion s’exprime dans le roman de Jean Raspail publié en 1973: la plage de St-Tropez est envahie par des milliers d’Hindous misérables. En 1985, Louis Pauwels pose la question: «Serons-nous Français dans trente ans?». Sous estimation de la natalité française, surestimation de celle du Maghreb, ses prévisions démographiques ne se confirmeront pas. Renaud Camus introduit la notion de Grand remplacement en 2017. La catastrophe devient un acte de foi et les formules sont frappantes: changement de peuple, suicide d’une nation.
Les tenants de cette théorie refusent les statistiques et les données chiffrées. Hervé Le Bras revient donc aux chiffres: il part d’un solde migratoire annuel positif, hors Union Européenne, d’environ 117OOO .De 4,2 millions d’étrangers sur 67 millions en 2020 on arriverait en 2050 à 7 millions sur 74 millions. En comptant les descendants d’immigrés, la population resterait en 2050 à 80% «blanche et Européenne». Manifestement, pour un grand remplacement le compte n’y est pas. Le démographe introduit ensuite un peu de complexité en parlant de l’hétérogénéité des populations immigrées et non immigrées. Il souligne l’importance du métissage, des couples mixtes (13%°) et de leurs descendants dans l’évolution future de la sociologie et de la démographie de la France.

Un édifice fantasmatique difficile à contrer

Hervé Le Bras est démographe, historien, enseignant à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales. Son essai est court, simple, factuel. Les données chiffrées éclairent le propos de l’auteur sans être trop complexes. Il ne nie pas qu’il puisse survenir localement des problèmes en rapport avec les populations immigrées du fait surtout de leur concentration dans certains quartiers. Il ne nie pas que l’immigration ait changé la société française. Il réussit néanmoins à prouver que le Grand Remplacement ne peut pas avoir lieu, dans les conditions démographiques actuelles, en particulier du fait de la faiblesse relative de l’immigration et du nombre des couples mixtes. La rhétorique du Grand Remplacement est fondée sur une généralisation excessive à partir de situations locales extrêmes. Elle veut s’extraire des données chiffrées. Toutefois Hervé Le Bras reconnaît qu’un tel édifice fantasmatique sera difficile à contrer. Mais cet ouvrage devrait y contribuer…

Hervé Le Bras, Il n’y a pas de grand remplacement, Grasset, 140 pages, 14 Euros, sortie le 2 Mars 2022.

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