Essais
Bernhard Schlink: Couleurs de l’adieu

Bernhard Schlink: Couleurs de l’adieu

09 mai 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Dans ce recueil de nouvelles, Bernhard Schlink, l’auteur du «Liseur» décrit tout une palette de sentiments autour du thème de l’adieu. Il s’y révèle être fin connaisseur de l’âme humaine.

Le temps des adieux:

Comment dire adieu à son ami et collègue de longue date, lorsqu’on n’a pas su lui confier, de son vivant, une révélation embarrassante? Le narrateur l’avait dénoncé aux autorités lorsque son ami préparait sa fuite de RDA! Comment dire adieu à Anna? Le vieux professeur avait développé une relation sincère et affectueuse avec cette enfant, relation qui s’est ensuite délitée jusqu’au drame final? Philipp retrouve 54 ans plus tard, lors d’un concert à Berlin, Suzanne, l’amour de jeunesse qu’il a manqué.«La fille aimée» est l’histoire d’une famille unie, aimante. La tendresse et l’harmonie familiales pourront elles survivre malgré un lourd secret, un secret quasi mythologique? Dans la nouvelle «Daniel, My Brother», Chris et Dina se sont suicidés. Pour le frère de Chris, les adieux seront d’autant plus difficiles et douloureux que sa relation fraternelle était décevante, sournoisement conflictuelle. Mais, comme le disait sa compagne: «il faut prendre son temps pour dire adieu». Cette phrase pourrait être le leitmotiv, le thème commun à toutes les nouvelles de ce livre.

Les taches de vieillesse:

Bernhard Schlink est un écrivain et professeur de droit allemand né à Heidelberg en 1944. «Les couleurs de l’adieu» sont un recueil de neuf nouvelles. L’écriture est noble, précise. Le texte est très littéraire. Il est rythmé par de longues phrases, qui lui donnent à la fois de l’ampleur et une certaine tranquillité. Une tranquillité qui pourrait atténuer la tristesse du propos. Ce livre est emprunt d’une grande sensibilité. Les sentiments décrits sont subtils, nuancés, souvent ambigus. Plusieurs thèmes s’entrelacent: le retour du passé d’abord, souvent autour des amours perdus comme pour Sabine. Elle doit revoir son ex mari malade, réveillant ainsi des souvenirs douloureux. Seul le pardon lui permettra de lui dire adieu et de retrouver ainsi l’apaisement. La trahison et la culpabilité sont très présentes dans les quatre premières nouvelles, rendant les adieux si difficiles. L’auteur aborde aussi le thème de la vieillesse qui fait remonter les souvenirs du passé. Regrets et culpabilités seraient en quelques sortes «des taches de vieillesse».
Les couleurs de ce livre sont souvent pastelles, teintées à la fois de tristesse et de douceur. Elles deviennent vives lors des moments de rupture au cœur de chacune de ces nouvelles. Elles sont très belles, très émouvantes ces nouvelles qui sont autant de voyages dans l’intimité et dans la vie intérieure de l’être humain.

Bernhard Schlink, Couleurs de l’Adieu, Gallimard, 249 pages , 21 Euros, sortie le 24 02 2022

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Jean-Marie Chamouard

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