BD
« Nocturne vénitien”, de Luca Russo

« Nocturne vénitien”, de Luca Russo

02 juillet 2020 | PAR Katia Bayer

Edité chez Mosquito, une maison d’édition qui nous rappelle nos courtes nuits d’été assombries par les sons légers mais audibles de nos grands copains les moustiques, “Nocturne vénitien” se repère actuellement en librairie par sa couverture bleue, la ville de Venise en arrière-plan et les vagues calmes, mauves et noires qui l’entourent.

Découpée en plusieurs chapitres, la BD de l’auteur italien Luca Russo est un récit à la première personne. Alberto, un compositeur célèbre se remémore son séjour sur une île où il a passé du temps avec ses compositions et sa compagne, Giulia. Celle-ci est indépendante, belle, libre. Elle aime saluer la mer. Ils se marient à Venise, y emménagent. Dans cette ville fascinante, mystérieuse, il trouve l’inspiration pour son travail. Le succès arrive, l’homme se fait connaître, enchaînant les tournées et les prix. Sauf qu’un jour, Giulia tombe malade et décède.

Le récit commence. Un an après sa disparition, Alberto continue à parler à sa femme, à faire intervenir ses souvenirs, à la voir et à lui parler chaque nuit. Son fantôme la rassure, l’omnibule, l’angoisse. Alberto se voit comme “un musicien sans idées” et part en quête de son inspiration et de son identité.

“Nocturne vénitien” s’intéresse à l’amour bien sûr – une fois l’être aimé parti, que reste-t-il de l’amour ? – mais aussi à la création artistique. Une fois la muse envolée, que deviennent l’art, la créativité ? Peut-on encore être inspiré ?

Avec une palette de couleurs très poétiques, l’album illustre Venise, la belle, la douloureuse, la mystérieuse. D’une case à l’autre, on passe des ruelles, des ponts, de la place Saint-Marc aux fenêtres si typiques de la ville, aux intérieurs romantiques. L’eau est là bien sûr, partout, calme, enveloppante.

Ce qui est beau dans le travail de l’auteur, c’est sa prédilection pour la nuit qu’il peint avec attention, délicatesse. Très peu d’images sont d’ailleurs associées au soleil, au jour, à la clarté. La lumière n’intervient que très rarement dans ses pages pour rappeler seulement les jours heureux quand Giulia était encore en vie même si en y regardant bien, les nuages bleus-mauves obscurcissent déjà quelques cases.

L’autre intérêt de ce roman graphique, c’est bien sa partie fantastique. Une Giulia masquée, grandeur nature apparaît par la fenêtre, des corps de femmes imbriqués dans des troncs d’arbres jalonnent le chemin de l’homme, des clés géantes surgissent, elles sont censées “libérer la musique”, des corbeaux se mettent à parler, …

Les dernières pages de l’ouvrage sont les plus touchantes et les plus belles graphiquement parlant. Les objets disparaissent, réapparaissent, les corps se rapprochent et se séparent, l’eau et les nuages ne sont pas loin. Avec “Nocturne vénitien”, Luca s’empare d’un sujet universel – le deuil, la reconstruction –, se l’approprie et en fait un objet visuellement très fort. On pense à la peinture bien sûr, mais aussi à l’illustration et au cinéma par certains plans, découpages, focales, inserts fantastiques. A voir, à lire, à imaginer en mouvement, sur un écran donc…

Luca Russo, Nocturne Vénitien

, Editions Mosquito, 120 pages, sortie mars 2020. Prix : 18.00 €

visuels :  couverture et planches de l’album. 

 

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Katia Bayer

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