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Christo et Jeanne-Claude emballent Beaubourg

Christo et Jeanne-Claude emballent Beaubourg

02 juillet 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le 18 mars, l’exposition Christo devait ouvrir au Centre Pompidou en étroite collaboration avec lui. Trois mois plus tard, c’est enfin le cas, mais l’artiste est mort entre-temps, le 31 mai 2020. Et ? L’exposition est un défilé haute-couture. Une merveille d’émotion et de talent.

« C’est pour Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition que nous devions ouvrir déjà le 18 mars dernier, nos équipes et moi-même, une profonde tristesse. Nous avions travaillé passionnément avec Christo et les siens à ce projet dont il rêvait comme à la préparation de l’empaquetage de l’Arc de Triomphe auquel il tenait tant. J’ai aujourd’hui une pensée pour Jeanne-Claude qu’il rejoint pour l’éternité. Ils avaient fait de leurs vies un destin. Puisse l’exposition que nous ouvrirons le 1er juillet rendre hommage à cette œuvre exceptionnelle, à la croisée de toutes les disciplines et si essentielle à l’histoire de l’art de notre temps. »
Bernard Blistène – Directeur du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou

Mesures barrières

Donc, c’est ouvert, mais sous conditions. L’entrée ne peut se faire que sur réservation, y compris pour les entrées gratuites. Cela est très simple, il suffit de choisir un créneau ici. Mais tout le monde n’est pas au courant. A l’entrée, il y a les râleurs et les déçus, les impatients aussi. Mais comme le note le musée, tout est « mis en oeuvre » pour que les visites se fassent en sécurité.

Mais les mesures barrières, les vraies pour Christo et Jeanne Claude, celles qui ont permis au duo de tout emballer  comme si tout était un cadeau, se résume en deux mots : fuite et rencontre. C’est à 23 ans que Christo (Christo Vladimirov Javacheff) et Jeanne-Claude (Jeanne-Claude Marie Denat), nés tous deux le 13 juin 1935, respectivement à Gabrovo (Bulgarie) et à Casablanca (Maroc), se rencontrent à Paris. Christo a fui la Bulgarie communiste en passant par Prague, Vienne, puis Genève, pour s’établir à Paris en mars 1958. Elle est fille de commandant, lui est sans un sou. Pour vivre, il fait des portraits de bourgeois. Il fera celui de la mère de Jeanne-Claude. La love story durera jusqu’à la mort de Jeanne-Claude en 2009. 

Une exposition haute couture

La scénographie se divise en deux. Du noir au blanc. Et elle est quasiment chronologique. D’abord les créations des années 1958 à 1964, date à laquelle les artistes s’installent définitivement à New York, puis toutes les étapes du projet parisien The Pont-Neuf Wrapped (Le Pont-Neuf empaqueté), mené de 1975 à 1985. L’exposition est coupée en deux par un film génial des frères Maysles Christo in Paris (1990). Il dure une heure et ne peut pas se lâcher. Il raconte quasiment minute par minute comment l’empaquetage du Pont Neuf a été possible, une vraie campagne politique qui se joue entre Jacques Chirac, Jack Lang et François Mitterrand pour l’un des gestes les plus iconiques du ready-made au XXe siècle.

L’entrée sombre du parcours met en majesté les bidons de la rue Visconti. Projet fou et illégal qui visait le 22 juin 1962 à dresser un rideau de fer dans Paris. Et il faut s’approcher pour saisir la beauté et la technique. Ce n’est pas « que du tissu », c’est de la sculpture. Les matériaux parlent : tissu, fil d’acier, peinture, laque sable. Matériaux que Christo manipule d’ailleurs dans sa peinture en 1959 qui fait terriblement penser à du Fautrier. Il y a du relief mais pas encore de plastique.

Alors tout, ils ont tout empaqueté : chaises, chevaux pour enfants, bureaux… L’idée sublime et juste est de « cacher un objet au regard tout en permettant d’en saisir les contours ». L’idée évolue quand juste avant de rejoindre New-York, le couple décide d’occulter des vitrines, essentiellement des armoires à pharmacie, pour « placer le spectateur dans une situation d’empêchement ». Et ça marche, ils exposent partout, tout le temps, au point qu’ils peuvent financer eux mêmes leurs idées. 

Nous sommes entre la performance et la couture. Le père de Christo travaillait en Bulgarie dans une entreprise textile, et dans cette exposition qui nous fait passer des alcôves comme les arches d’un pont à cette réalisation spectaculaire, celle d’un vrai pont, le Pont Neuf.  40 ans plus tard, le geste reste dément. 

A l’aide d’un axe qui aura duré toute sa vie, Christo célèbre l’abstraction comme révélateur de la figuration. Ses portrait peints puis emballés ( Bardot, Jeanne-Claude) en sont le paroxysme. Le paquet, ficelé, est autant celui du don que celui du bagage. Son art se niche dans son exil en 1958, dans cette idée que tout est éphémère et que les souvenirs restent. Ici on s’attache plus aux contours qu’à l’image.

Au moment où l’exposition fermera ses portes, en automne, le projet posthume de Christo verra le jour sur les Champs Elysées : L’Arc de Triomphe, Wrapped.  Entre Christo, Jeanne-Claude et Paris, l’histoire n’est donc pas finie.

Visuel : Affiche 

 

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