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Le Nao de Brown

Le Nao de Brown

19 décembre 2014 | PAR La Rédaction

Nao est une jeune fille londonienne plutôt ordinaire. Japonaise par son père, elle vit en collocation avec une amie infirmière, aime le vieux rock et travaille dans une boutique de jouets en vinyle, en attendant de pouvoir vivre de ses illustrations et de sa passion pour les dessins animés nippons. Adorable, attentionnée, drôle.
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“Is ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale”.
le nao de brownMais cette tranquillité n’est qu’une façade. Nao souffre de TOC. Elle ne se lave pas les mains vingt fois par jour, non. Elle a des pulsions morbides. Imagine qu’elle brise le cou du chauffeur de taxi. Qu’elle poignarde une femme enceinte. Qu’elle écrase sa guitare sur le crâne de quelqu’un au premier rang, dans le public. Et se répète inlassablement, comme un refrain auquel elle tente de se raccrocher désespérément: “Je suis dangereuse. Je suis mauvaise. Maman m’aime. Maman sait que je suis bonne”.
Avec ce livre, Glyn Dillon offre un bijou de tendresse, pour lequel il a reçu le prix spécial du jury à Angoulême l’année dernière. Une BD faite d’aquarelles, dominées par le rouge ou le gris, selon l’humeur de son héroïne et dans laquelle le dessin, attentif au moindre détail, parvient à donner entièrement vie aux personnages. Il esquisse une magnifique histoire d’amour entre Nao et Grégory, gros ours mal léché, réparateur de machine à laver et poète sachant le latin.

Le Nao de Brown est souvent mystique, parfois opaque. Les tranches de vie quotidienne de Nao sont entrecoupées d’un étrange conte d’inspiration japonaise, dont les couleurs et le dessin tranchent avec le reste de l’ouvrage. Le lecteur peine à comprendre ce que ces morceaux de légende font là, et, d’une manière général, on peine parfois à rentrer dans l’univers construit par l’auteur. Mais peu importe: il suffit de se laisser aller pour ne plus vouloir sortir de ce cocon, qui peint avec beaucoup d’humour et une grande sincérité le combat quotidien que chacun mène à sa manière contre soi-même.

Glyn Dillon, Le Nao de Brown, Akileos, 2012.

Marion Muscat

visuel : couverture du livre

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La Rédaction

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