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[Interview] Duhoo et Killoffer présentent Mon Lapin Quotidien

[Interview] Duhoo et Killoffer présentent Mon Lapin Quotidien

12 mai 2017 | PAR Laetitia Larralde

Aujourd’hui sort en librairies le numéro 2 de Mon Lapin Quotidien, le nouveau journal de L’Association. Rencontre avec Jean-Yves Duhoo et Killoffer, les rédacteurs en chef.

Pouvez-vous nous faire un historique rapide de ce qui a précédé Mon Lapin Quotidien à L’Association ?
Lapin existe depuis vingt ans. Les premières séries avaient un format magazine et étaient gérées par un comité rédactionnel dirigé par Jean-Christophe Menu. C’était un magazine de bande-dessinée, qui a changé plusieurs fois de formule, de rythme de parution, s’est arrêté et a repris. En 2013 la revue revient sous le nom de Mon Lapin, et chaque numéro a un nouveau rédacteur en chef. Mais les difficultés et la quantité de travail obligent à arrêter la revue en 2014.
Nous avions déjà travaillé ensemble sur d’autres journaux, parfois auto-édités, et nous avons eu envie de refaire Mon Lapin avec plein d’auteurs et une apparence de quotidien (d’où le titre). De faire quelque chose qui ne ressemble pas à ce qu’on trouve aujourd’hui en terme de format.

Un de vos journaux en commun s’appelait Pas Un Seul.
Ce qu’on a essayé de faire dans Pas Un Seul c’est un peu comme dans MLQ, qui est un Pas Un Seul abouti et collectif, plus diffusé, plus grand et plus large. Mais c’était le même principe, c’est-à-dire des pages avec un gros bordel à l’intérieur, un maximum de choses et une apparence de journal quotidien à l’ancienne, en puisant nos influences dans la presse, le dadaïsme, les jeux de langages, le surréalisme. Et en restant indépendants.

Comment avez-vous fait pour trouver les auteurs qui participent à Mon Lapin Quotidien ?
L’Association est une maison d’édition qui existe depuis 1990. Il y a un vivier d’auteurs qui se connaissent entre eux pour la plupart. Nous en avons sollicité certains parce qu’ils avaient des projets de livres. Ça fait longtemps qu’on est dans les parages, on connaît beaucoup de monde. On a collecté beaucoup de contenus divers et puis on a commencé à travailler à partir de ça.

Est-ce que vous pourriez vous adresser à de jeunes auteurs qui n’ont jamais publié ?
Oui, et c’est déjà le cas, mais il faut qu’on développe cet aspect. On publie aussi des gens qui ne sont pas du tout dans le monde de la bande-dessinée, notamment des écrivains. Si on veut faire un quotidien, il faut qu’il y ait du texte, qu’on s’éloigne de la bande dessinée pure et dure. MLQ n’est pas un magazine, ni une revue, c’est un journal. Mais un journal qui essaye de prendre de la distance avec l’actualité car ce n’est pas l’idée, même s’il y a des allusions car c’est le monde dans lequel on baigne, et ça se ressent. Ce genre de journal est extrêmement politique, mais d’une manière générale, avec du recul.

Est-ce qu’il y a une thématique par numéro ?
Pas encore, mais ça peut arriver. On envisage éventuellement un numéro un peu conceptuel.
Dans le numéro 2 on a une thématique d’une page d’Eric Chevillard sur la littérature et l’amour, illustrée par différents artistes. On ne paye pas nos auteurs donc on ne peut pas leur commander un article ou un dessin sur un thème précis.
Ce qui serait intéressant avec MLQ, c’est que ça devienne un support pour que les auteurs puissent s’exprimer, pour qu’on ait des surprises, et eux aussi. On essaye d’être le plus divers possible, pour que ça parte dans tous les sens. C’est un voyage que nous faisons ensemble mais dans toutes les directions possibles à la fois. Ce qui rassemble le tout, c’est la mise en page dans un support commun et les affinités plus ou moins omniscientes entre les auteurs.

Quelle est la part de hasard dans la création de MLQ ?
Je ne parlerais pas de hasard. C’est un merveilleux carrousel de surprises et de joie. Dans le hasard il y a l’idée de quelque chose qu’on ne contrôle pas. Or on contrôle, dans la mesure où on choisit ce qu’on publie dans ce qu’on nous envoie. Je parlerais plutôt d’imprévu. Il y a des surprises, vous ne savez pas ce que vous allez recevoir des auteurs, comment vous allez faire dialoguer les textes, les illustrations et les bande-dessinées. On voulait voir des choses s’entrechoquer, faire des liens imprévus. Plusieurs auteurs peuvent travailler sur un même thème sans le savoir. C’est à nous de voir ces liens, dans le thème ou l’esthétique, et de mettre les contenus en rapport. On construit le journal à partir de là, et Rocco, notre graphiste, souligne ces rapprochements par les choix d’espacement, de typo…

En quoi MLQ se différencie des Lapin précédents?
MLQ dit quelque chose de L’Association que Lapin dans sa formule habituelle ne pouvait pas dire. C’était une revue uniquement de bande-dessinée, mais L’Association ce n’est pas que ça. On travaille avec plein d’écrivains et Lapin ne pouvait pas en rendre compte, pas directement comme la formule de MLQ.
Pendant des années, L’Association s’est attaché à défendre la bande-dessinée. Je pense qu’il faut arrêter ça, il faut considérer la bande dessinée comme faisant partie d’un tout et comme ayant quelque chose à dire au même titre que les autres. C’est pour ça que MLQ a pris cette forme : on y trouve des écrivains, des journalistes, des scientifiques, des psychiatres et parmi tous ces braves gens il y a des bandes-dessinées. Et tout ça cohabite très bien.

Quand vous avez lancé le projet, quelles réactions avez-vous eues ?
Certains auteurs historiques de L’Association qui nous ont dit que notre projet leur faisait plaisir. Il y a une bonne dynamique, quelque chose qui frémit. On a reçu pas mal de réponses à nos sollicitations de participation, sans être un raz de marée. Mais les gens commencent à se rendre compte du potentiel hyper marrant de travailler avec nous, et pour un dessinateur c’est un bel espace, un format différent par rapport à la bande-dessinée. Disons que c’est un vrai journal qui est distribué comme une revue, ou une revue qui a les atours d’un journal.
Aujourd’hui la bande dessinée explore énormément de sujets très sérieux. Ce n’est plus cette sorte de ghetto des gros nez qu’on connaissait. Il y a des albums supers qui se font et le sujet raisonnable est en train de devenir un peu la norme. Mais il ne faut pas oublier de raconter aussi des énormités et de ne pas se gêner de le faire, toujours avec un sérieux papal.

Vous avez déjà commencé à travailler au prochain numéro du mois d’août ?
Oui on est en plein dans le démarrage, on sollicite des gens, ou on va chercher des choses qui nous plaisent. J’ai toujours poussé pour qu’on réfléchisse sur des projets très collectifs. Pour l’instant on travaille à distance avec nos auteurs mais j’aimerais qu’on soit tous dans la même salle à faire des dessins, échanger, se les montrer… mais ça peut être encore un peu casse-gueule. L’objectif aujourd’hui est d’augmenter le nombre de pages et de contributeurs, de tous âges, sexes, opinions, et de revenir aux origines de L’Association.

Mon Lapin Quotidien
Sortie le 12 mai 2017 en librairies
12 pages, 4,50€

visuels © L’Association
Propos recueillis par Laetitia Larralde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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